Sun 6 Aug 2006
Posted by Karim under Opinion1 Comment
Réponse de Frédéric Capron, Lgt. 68601 � “Quelqu’un” :
>Votre blog témoin ne devrait pas ignorer, effacer toutes celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont réussi à faire leur chemin et même dans la difficulté à se construire un avenir.
-En bref, il faudrait se satisfaire d’admirer le spectacle des quelques personnes que le système a prélevé pour leur construire un avenir et se dire que tous les autres sont des nuls.
>« République », il n’y a pas d’un côté des jeunes délinquants ou en voie de le devenir passant leur temps à commettre des délits ou à troubler la tranquillité de notre immeuble et de l’autre côté R I E N.
-Désolé, mais je ne connais personne qui soit « en voie de devenir délinquante » pour la bonne raison que ça n’existe pas : au regard de la loi, on est délinquant ou on ne l’est pas, point barre. Affirmer le contraire est pire qu’un procès d’intention : c’est celui d’un destin jugé par avance. De tels propos sont une négation de l’état de droit, dans la droite ligne des dépistages précoces (dès 3 ans !) nous proposent Sarkozy ou des guerres préventives bushistes. Entre une telle pensée et de tels actes, il n’est pas de différence de nature mais de degrés.
>La jeunesse de notre bâtiment ce n’est pas que le « business et le trafic », nos logements ne sont pas que des appartements de misère où les parents et les enfants se morfondent sans rien à manger dans le frigo.
-Certes, j’en suis la preuve vivante. Mais dans un tel contexte, de même que je ne vois pas bien l’intérêt de parler des trains qui partent et arrivent à l’heure, je ne vois pas non plus celui de parler de problèmes qui n’existent pas quand tant d’autres existent à côté (et non pas « d’un » coté ).
>Le quotidien de nos jeunes, ce n’est pas de tuer le temps, de jour comme de nuit, au 10ème étage. Tous nos enfants ne sont pas « obligés » de dealer du shit, de trafiquer, de vandaliser et de voler. Cela ne concerne qu’une infime, très infime minorité. Oui il existe, et bien trop, de jeunes qui galèrent, mais tous ne dégradent pas leur couloir et n’empoisonnent pas en permanence la vie de leurs voisins.
-OK, rien ne les y oblige, encore que la finalité du deal, des trafics et du vol ne soit pas à mettre sur le même plan que celle du vandalisme. Mais dites-moi, qu’est-ce qui oblige les autres à accepter une vie de mépris, de misère et de dépendance dès lors qu’ils respectent les lois ? Expliquez-moi aussi comment une famille qui se contenterait strictement des minimas sociaux auxquels elle a encore droit pourrait avoir accès aux ingrédients (Internet, vehicules motorisés, téléphones mobiles, vêtements…) d’une modernité dont tous les pouvoirs publics et publicitaires nous expliquent à longueur d’année qu’ils sont de plus en plus indispensables au lien social et à l’emploi, si au moins l’un de ses membres ne l’en déchargeait par des moyens délictueux.
>Dans vos témoignages, ne gommez pas ceux qui ne disent rien et pourtant ont souvent beaucoup plus à dire que ceux qui parlent beaucoup trop.
-Tiens, ça me rappelle une certaine phrase d’un certain Galouzeau de V. lors des dernières manifs anti CPE.
>Ne faites pas le choix exclusif de l’échec.
-Je ne vois pas bien en quoi constater les échecs serait en faire le choix…
>Il serait méprisant pour les locataires, pour les jeunes eux-mêmes de ne mettre en « valeur » que la marginalité de quelques désoeuvrés. Ce serait même un encouragement, une justification à perpétuer à travers le désespoir tous les actes de dégradations et autres violences en général.
-Crevez-moi les yeux et percez-moi les tympans si c’est la mettre en valeur que d’en parler. De plus, je ne vois pas en quoi la marginalité ne serait pas respectable par nature. A moins bien sur que dans votre esprit la marginalité ne soit d’office assimilée à de la délinquance. Quant à moi, je pourrais vous parler de violences et de dégradations si peu marginales qu’elles sont au « coeur » même du pouvoir.
>A « République », le vivre ensemble existe, même s’il est provisoirement contrarié par l’état général du bâtiment et par l’ambiance que fait régner cette poignée de troublions désoeuvrés qui pourrissent la vie de la majorité des habitants.
-Tiens, c’est curieux cette façon de mettre sur le même plan une notion abstraite (l’état général du bâtiment) et des êtres réels (cette poignée de trublions…). Dans ce cas, permettez-moi de mettre aussi sur le même plan cette poignée de trublions qui nous refuse la réhabilitation depuis 6 ans et “la délinquance”?… Désolé, mais quand on me montre la Lune, je regarde D’ABORD le doigt qui la montre.
>Votre oeuvre, si oeuvre il y a, fera caisse de résonance sur cette cité. Mais ce n’est pas sans condition, car une oeuvre doit laisser des traces, des souvenirs, de l’avenir. Or, on ne projette jamais l’avenir dans la désespérance.
-…mais dans la lutte.
>Si vous ne voyez dans votre travail qu’un territoire ignoré, abandonné, mal aimé, ingrat, vous traduirez une image totalement floue de l’avenir proche.
-La notion d’ingratitude n’a de sens que lorsque l’ingrat n’est ni ignoré, ni abandonné, ni mal aimé. Dans la cas contraire, la réaction peut être de la résignation, de la révolte, de la colère, de la rage… et pourquoi pas de la lutte, enfin tout ce que vous voudrez mais certainement pas de l’ingratitude. En outre, vous dites que ce territoire ignoré, abandonné, mal aimé serait visible dans le travail de l’artiste. Excusez moi, mais cette visibilté, je la trouve aussi dans le réel. A moins bien sur que dans votre esprit, la notion d’ingratitude s’applique avant tout à l’artiste en question (dont à titre personnel je m’abstiendrai de porter un jugement sur le travail tant qu’il n’est pas terminé)…
>Vous conforterez le désespoir et la conclusion de votre travail ressemblera tout simplement à un mauvais article de presse, comme on en lit malheureusement régulièrement sur les banlieues, qui sont pourtant, et plus que jamais, un creuset d’avenir encore insuffisamment visible.
-C’est marrant, mais à vous lire, c’est aussi l’impression que j’ai… Et puisqu’il est question de lire, je vous invite à jetter un oeil sur la description par Frantz Fanon des banlieues de l’Alger colonisée dans “Les Damnés de la Terre”?. Vous verrez comme la ressemblance avec les notres y est frappante. Vous y verrez aussi comment ce creuset d’avenir saura se montrer bien plus visible qu’il ne l’est déjà si l’Etat ne le prends pas plus au sérieux…
>Comme disait Jules Verne,
« tout ce qui s’est fait de grand dans le monde s’est fait à partir d’espérances exagérées »
-L’espérance n’est que l’autre nom de la résignation si elle n’est pas accompagnée des actes qui lui donneront forme… Mais sans doute cette réflexion est-elle exagérée…
>…
Là , j’avoue, je ne sais pas vraiment quoi répondre à ces trois petits points.
Je précise que bien que faisant partie du collectif “Bonjour voisins”, les propos que j’ai tenu ici n’engagent que moi. J’ajoute que je préfère qu’ils ne soient pas publiés s’ils ne le sont pas sous mon nom.
Posted Jul 29, 5:53 PM | Edit Comment | Delete Comment — Edit Post “Quelqu’un nous a écrit.” | View Post
Mon 3 Jul 2006
Posted by admin under Opinion1 Comment
“Votre blog témoin ne devrait pas ignorer, effacer toutes celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont réussi à faire leur chemin et même dans la difficulté à se construire un avenir.
« République », il n’y a pas d’un côté des jeunes délinquants ou en voie de le devenir passant leur temps à commettre des délits ou à troubler la tranquillité de notre immeuble et de l’autre côté R I E N…
La jeunesse de notre bâtiment ce n’est pas que le « business et le trafic », nos logements ne sont pas que des appartements de misère où les parents et les enfants se morfondent sans rien à manger dans le frigo. Le quotidien de nos jeunes, ce n’est pas de tuer le temps, de jour comme de nuit, au 10ème étage. Tous nos enfants ne sont pas « obligés » de dealer du shit, de trafiquer, de vandaliser et de voler. Cela ne concerne qu’une infime, très infime minorité. Oui il existe, et bien trop, de jeunes qui galèrent, mais tous ne dégradent pas leur couloir et n’empoisonnent pas en permanence la vie de leurs voisins.
Dans vos témoignages, ne gommez pas ceux qui ne disent rien et pourtant ont souvent beaucoup plus à dire que ceux qui parlent beaucoup trop. Ne faites pas le choix exclusif de l’échec. Il serait méprisant pour les locataires, pour les jeunes eux-mêmes de ne mettre en « valeur » que la marginalité de quelques désoeuvrés. Ce serait même un encouragement, une justification à perpétuer à travers le désespoir tous les actes de dégradations et autres violences en général.
A « République », le vivre ensemble existe, même s’il est provisoirement contrarié par l’état général du bâtiment et par l’ambiance que fait régner cette poignée de troublions désoeuvrés qui pourrissent la vie de la majorité des habitants.
Votre œuvre, si œuvre il y a, fera caisse de résonance sur cette cité. Mais ce n’est pas sans condition, car une œuvre doit laisser des traces, des souvenirs, de l’avenir. Or, on ne projette jamais l’avenir dans la désespérance.
Si vous ne voyez dans votre travail qu’un territoire ignoré, abandonné, mal aimé, ingrat, vous traduirez une image totalement floue de l’avenir proche. Vous conforterez le désespoir et la conclusion de votre travail ressemblera tout simplement à un mauvais article de presse, comme on en lit malheureusement régulièrement sur les banlieues, qui sont pourtant, et plus que jamais, un creuset d’avenir encore insuffisamment visible.
Comme disait Jules Verne,
« tout ce qui s’est fait de grand dans le monde s’est fait à partir d’espérances exagérées »
…”
Thu 1 Jun 2006
Mercredi 31 mai 2006

Ce matin, il fait très froid. Un petit garçon remonte chez lui. Il a oublié de prendre son manteau. Sa mère l’attend dans le hall pour aller à l’école, il est 8h. Une voisine sort ses deux chiens, elle crie “Niki!”, sonnant la première heure de pointe.
Les enfants vont à l’école, les adultes vont au travail. Il ne faut pas oublier de sortir le chien. Ce défilé durera au moins une bonne demi-heure sans compter les retardataires! Je décide d’inviter XXXXX à boire un café. Il m’emmène dans un bar à coté, mais il ne font pas de chocolat chaud, alors lui prendra un jus d’orange et moi un jus de banane. Il y a un billard, un jeu de fléchette électronique qui fait une drôle de musique par moment. Le bar est éclairé par des néons bleus et sur une pancarte en bois il est écrit: “Dieu protège cette maison”. XXXXX a vécu longtemps à la cité Lénine, au 10ème et il vient de temps en temps dormir chez son pote T. avec qui il a grandi. “Quand j’étais petit, y avait plus d’encadrement par les moniteurs. Notre génération, quand on était petit, on aimait que le sport. Y avait des jeux de bois, on jouait sur le béton. Ensuite il y a eu des projets pour les jeunes, centres de loisir, aide scolaire, nous on était passionné de foot, on se levait à 7h du matin pour jouer, on finissait tard le soir. On était solidaire. Aujourd’hui dans le cité, y a rien. Les gens commencent à trainer comme les grands. C. L. faisait du bénévolat pour nous, il nous entraînait pour le foot, peinture sur soi, activités. On faisait tout. Y avait un organisme Etétonus. Puis y a eu un problème. Ils n’ont plus voulu de ce lieu! Le maire, je pense! J’ai fait aide éducateur, toutes les tranches d’âge! On s’est battu pour que ça continue, mais on n’était plus entendu! On sait pas pourquoi. Moi je pense que c’est la jalousie de certains. C.L. a déménagé pas longtemps après. Y avait des gens des autres quartier qui venait avec nous pour participer” Il boit une gorgée et puis “Toutes ces familles vivent dans la misère! Y a pas d’encadrement pour les remettre dans le droit chemin. Tous les jeunes font n’importe quoi maintenant. Mais les structures ne croient plus en eux. Il les jugent. Moi je suis parti dans la délinquance après. Y a des familles qui rentrent chez eux, elles ne mangent pas. Ils vivent au jour le jour, Ils n’ont rien connu, ils n’ont jamais voyagé. Personne ne croient en eux. Tu ouvre un truc, ça marche à mort! Ici c’est la cité du dernier recour. Mon voisin il a quinze petits. Notre jeunesse on l’a bien passé. Le 10ème est devenu invivable. C’est un lieu de rendez-vous! Ils traînent jusqu’à 6h du matin. Personne ne les a aidés donc ils pensent que tous ceux qui viennent leur parler leurs veulent du mal. Ils croient plus en rien! Maintenant il t’arrive que des galères. Moi j’y crois! Que tu peux faire un grand truc! A force de galèrer, ils dégradent leur hall. Ils gachent leur vie. Ils n’ont pas passé une bonne jeunesse. Si y en a un qui tourne mal tout le reste le suit! Si y en a un qui part en activité, tout le monde le suit! Tout le monde veut déménager car ils leurs arrivent trop de galères dans ces cités, mais c’est pas que dans ces cités.
Aujourd’hui pendant le ramadan, il y a une bonne ambiance. Mais la meilleur époque c’est ma jeunesse, on vivait sans argent, on était solidaire. Ça rigolait grave! On y croyait, on se battait, à la fin plus personne ne croyait en nous. Les jeunes, ils attendent que ça de bouger. Y a des jeunes, doués pour le foot. On rigolait, on faisait des tournois, des petits paris! Dès que les gens ont commencé à se débrouiller par eux -mêmes ça s’est dessoudé. Y a des gens qui ont fait de bons trucs pour nous: Bobeker, Kuider. Maintenant les gens commencent à partir à cause de l’hygiène, les ascenseurs. Les petits détruisent tout comme des gamins pour rigoler mais ils s’emmerdent, ils ont rien à faire! Ils ont jamais voulu faire de réunion parce que pour eux y a rien à faire. Ils veulent vivre entre eux. Y en a plein qui ont tenté de faire quelque chose mais ça n’a pas abouti. Les fachos de l’immeuble font des trucs de fou. Une fois, j’ai failli recevoir une bouteille de vin lancée de l’immeuble. Et on remet tout sur les jeunes. Ca fait dix ans qu’il y a rien. Quand j’vois les petits grandir! C’est hallucinant! Ils nous ont jamais donné de locaux. Ils nous voyait jeunes. Ils croyaient que l’on continuerait nos conneries. Mais il faut donner une chance d’avoir de l’experience! Y en a qui veulent faire des trucs mais quand ils voient les portes se refermer… Ils n’y croient plus!”
Il prend dans ces mains un bouquet de fleurs en plastique qui s’allume si on remplace ces vieilles piles…
“T., il aurait pu être un grand comédien, il a joué avec Sami Naceri. A cette époque, il faisait des films. Il croyait même pas en lui. Il se disait que c’était juste pour des petits rôles et il se sentait exploité. Il se sentait pas non plus bien dans cet environnement. Il regrette aussi, ça le rend malheureux…” Il croise ses bras puis: “Même les mecs, ils se détruisent entre eux. T. dit tant que je serais ici, je pourrais pas avancer. Pour l’argent ici, tu peux te faire enculer. Quand je suis parti d’ici tout allait mieux. Ici ils dorment mal. Ils s’endorment avec leurs problèmes et ils se réveillent avec leurs problèmes. Y a pas à manger dans le frigo. Y a pas de repas de famille… Ils ont envie de bouger! Y a différents groupes de jeunes, ceux qui vont à l’école et ceux qui traînent. Ils vivent dans une bulle, Ils voient que ceux qui galèrent, argent facile, ils ne parlent jamais d’école. On a pas fait assez de sensibilisation. Y a des grands qui engrainent les petits. Ils les exploitent pour vendre du chite. A quinze ans ils veulent rouler en BM! Y en a qui comprennent pas pourquoi les gens de Paris sont riches, pourquoi on parle que des riches, pourquoi on aide plus les riches alors qu’il y a plus de pauvres!”
Il bascule en arrière il reprend “Ce qui est bien ici. C’est que tout le monde est là ! Faire confiance aux grands, ça donne des responsabilités! chacun a une spécificité. Avec tout le monde qu’il y a, au moins cinq cents petits, tu peux faire un truc! C’est dommage que l’aide scolaire est fini! Maintenant les petits suivent les grands et comme les grands sont perdus aussi. Maintenant quelqu’un qui va à l’école, c’est bizarre. Tout le monde est intelligent. Tout le monde peut réussir mais si personne croit en toi! Maintenant les petits, ils aident leurs parents à payer le loyer, les charges. A la fin du mois, y a plus rien! Les petits, ils grandissent pas; Leur seul repère, c’est les grands de la cité, de ving-trois, vingt-quatre ans. A la base à Lénine, t’entendra jamais parler de bagarre. Les jeunes ils savent pas pourquoi ils font du mal, pour eux c’est bien, c’est un exploit! En ce moment, les gens à Lénine, ils s’attachent à la religion. Ils font leur conneries mais ils prient Dieu! Des fois ça parle jusqu’à 5h du matin. les discussions sont interessantes. Y en a qui viennent de se convertir comme T.. On croit que l’argent ça rend heureux mais une fois qu’il y a l’argent, on s’en fout! La religion a sorti certains de leurs galères, fumer, boire, faire des conneries. La religion aide à se cultiver, à voir les vraies choses et à se remettre dans le droit chemin. En ce moment, y a le phénomène de la religion, c’est hallucinant! Avec le temps tu te dis, quand est ce que je vais évoluer et t’as peur! Y a des grands de 30 ans qui trainent encore avec des petits en même temps ils les exploitent. Qu’est ce que leur réserve l’avenir?”
Deux ambulanciers entrent et s’installent au bar. Il ouvre grand ses yeux. “T’aurais vu le locale qu’on avait repeint, redécoré avec des tableaux qu’on avait fait nous mêmes. On avait fait des grandes étagères. Avec pleins de coupes gagnées…T’aurais halluciné. C’était beau! Tout le temps on reparle de ça! Des fois on mangeait tous ensemble.”
On décide de retourner à la cité pour rencontrer des jeunes de dix-treize ans. XXXXX leur demande à tous de parler de la cité. Ils répondront tous ensemble que maintenant il n’y a plus rien ici et qu’il faudrait un centre pour les jeunes avec un budget et que les grands s’occupent d’eux. Car toute les cités ont une OMJA. Il y en a un qui dit “Y a rien à dire sur la cité Lénine!” Un autre me demande “Quand est ce qu’ils vont refaire la cité? “ Puis l’autre se reprend et dit “Si! Les tournois de foot c’est exceptionnel” un autre ajoute “Y a des bonnes cachettes dans la cité, dans les étages, la dalle, derrière les voitures!” Un autre arrive attiré par ce petit rassemblement et dit: “Venez on fait un petit pont massacreur!” Un autre dit “ Ça serait bien un locale avec une Playstation!” XXXXX me propose de monter au 10ème pour voir une ancienne voisine. Elle nous acceuille chez elle avec un chien et deux chats très calins. Elle est une des premières habitantes. Elle allume une cigarette et raconte. “ Vis à vis des gens de ma génération, elle n’a pas été baptisé cité Lénine, ni cité République. Je suis arrivée ici à l’âge de dix ans en 46. A cette époque, y avait le respect. C’était des familles nombreuses et quand on faisait une bêtise, t’était balancé par les darons et les daronnes. Les jeunes n’avaient pas le droit de prendre l’ascenseur sans être accompagnés d’un adulte. donc les parents sévères disait monte à pieds! Les quatres places autour étaient vides. C’étaient de la terre, y’avait une pente et la dalle était vide, on pouvais voir en dessus et en dessous et de l’autre côté. C’est l� qu’on jouait! Ensuite ils ont fait des magasins. Le premiers magasins aile jaune: un marchand de papier peint, un pressing, une autoécole puis aile bleu un magasin de meuble qui s’appelait Benegent. Il y a eu un cour des halles (fruits et légumes). Les premiers gardiens, Mr et Mme Billet qui avaient un chien qui s’appelait Pacha. Quand je suis arrivée ici, j’ai commencé à vivre. On embêtait le chien qui nous coursait. Les gardiens habitaient au 3ème première appart à gauche. Tous les propriétaires des magasins habitaient dans l’immeuble. Y avait des organisateurs de jeux sur l’avenue République avec des petits stands. Ils faisaient des tracés. On sortait nos patins à roulette et non pas des rollers! Quand je suis arrivée, y avait des apparts sans fenêtre, sans porte.Les apparts n’étaient pas finis. On s’éclatait dans les dalles. C’était grandiose nous les jeunes on avaient accès partout! Coté rue andré Carman, tu enlève tout, c’était deux grands champs, immense qu’on traversait pour aller à l’école. On se retrouvait dans des vieux boxes cassés pour aller faire nos conneries. On a fait notre jeunesse! Les garçons protègeaient la cité. Mon mec pouvait même pas rentrer dans la cité pendant deux ans. Sinon on le tabassait. C’était notre cité, les filles de notre cité! Y avait de la racaille mais c’était respectueux. Quand on faisait des bêtises, on faisait le canard. Cette manière était pas mauvaise. Tout se savait. On rentrait c’était d’abord la raclée puis l’explication. En 76, ils ont fermé la dalle. Les ascenseurs ne s’y arrêtaient plus. Il y avait une canicule. Il l’ont fermé pour plus que les gens y jouent. Les ascenseurs étaient rarement en panne. Et le gardien réparait rapidement. On était sorti de l’ascenseur en dix minutes. Y avait un gardien jour et nuit. Ca n’empêchait pas l’alcool, les bagarres et les descentes de flics…” Elle rit puis “La cité a été repeinte une fois! Quand je l’ai connue elle était orange et blanche. Les apparts étaient neufs. Y avaient des tringles � rideau de toute la longueur de la salle à manger. Je sais pas comment ils ont fait. Les vieilles tringles avec des crochets! 2006 les toilettes sont d’origine, les baignoirs, l’électricité d’origine, rampes d’escalier, la porte, derrière mon canapé une prise à vif, deux files électriques dépassent. Y avait des ventes de croissant le dimanche matin à domicile. Tout le monde se connaissait. Voisin de dessus, de dessous, du 2ème…J’habitais au 6ème, aile bleu. Ils ont voulu l’appeler cité République parce qu’ils ont fait des choses côté avenue République un aspect propre, arbres, haies… le reste c’est de la merde. Le nom Lénine, et cette beauté ne devaient pas être assimilé à cet aspect correct. Le reste tout est mort. Ils ont maquillé l’entrée pour ne pas montrer le merde. L’avenue République est belle quand même.Y avait l’architecte qui vivait au 17ème étage. C’est son fils qui l’a récupéré.” Elle écrase une autre cigarette. “Quand j’étais petite on avait confiance dans l’entourage. On s’avait qu’on ne risquait rien dans la cité. Pour mes enfants! L’angoisse! Tout ça à cause de l’aggressivité… Quand j’emmenais mes enfants en primaire! Ça allait mais en grandissant! Non! C’est les générations qui ont changé! Ils ont donné des apparts à des gens sans revenu, RMIstes, familles bigames et très pauvres et ça a aggravé la situation! Nous, on est dans une prison. Il cherche à notre époque quelqu’un, les jeunes, les gardiens, un coupable pour justifier l’état de la cité mais le coupable c’est l’OPHLM. Il a fait des erreurs qu’il ne pourront pas rectifier. La cité est entièrement assuré, mais où vont les remboursements?. On paye des charges, des impôts pour une merde pareil, et on cherche toujours un coupable. Ça a dégénéré! Les gens balancent n’importe quoi sur n’importe qui. En denonçant, ils veulent foutre la merde entre les locataires! On dirait que les gens de maintenant n’ont pas été jeunes. Pas de jeunesse, pas d’enfants… ils balancent sur la famille des blonds. Avant y avait moins d’immigrés, moins de familles de noirs avec plusieurs femmes et une vingtaine d’enfants. Je vais vous laisser, je suis fatigué, ma nuit a été courte!”
Il est quatre heures et je me rapelle que les filles de Z. voulaient être interviewées. Je les rapelle pour organiser la rencontre. S., N. et trois copines de leur école P., M. et I. se prêtent au jeu de mon enquête sur la cité Lénine. Elles racontent ce qui les a marquées, comme “Une femme brûlée au visage et au bras, au 3ème degré!”. Elles voudraient plus de couleurs pour la cité par exemple bleu, beige, rouge et “un tobogan aussi grand que possible qui parte de tout en haut, du toit et qui glisserait jusqu’à une piscine!”
Thu 1 Jun 2006
Posted by Karim under Le journal de KarimComments Off
Mardi 30 mai 2006

J’ai fait une nuit blanche à la cité Lénine. Avec la même excitation que vivre ici sans interruption pendant plus de quinze jours. Ici la nuit, tout est sombre ou obscure comme le sifflement du chauffe-eau fixé au dessus des toilettes, comme l’écho dans l’immeuble de portes qui se claquent, comme l’accelération d’un scooter roulant sans obstacle dans la rue André Carman.
Tout est obscure comme certain voisins qui ne veulent rien dire, comme les histoires, les ragots, les rumeurs que j’entend. Tout est obscure comme moi caché dans un appartement � l’affût du monde, comme l’éclairage des rues, comme toutes ces enseignes lumineuses Panasonic,Sanyo, Kia Motors, Pirelli, Samsung, Pantech, Suzuki… signifiant la constance économique. Et ces jeunes qui squatent au 10ème parfois toute la nuit. J’en croise trois, ce matin dans le hall, il y en a un qui me regarde en riant et l’autre qui lui dit “Mais laisse le!”
Jeunes! Qui êtes vous? D’où venez vous? Les jeunes du 10ème sont ils d’ici ou d’ailleurs? Et vous? Avez vous eu affaire aux jeunes? Lesquels?
Ici j’ai eu affaire � un jeune qui voulait savoir en quoi consistait le projet artistique, j’ai eu affaire � un jeune qui m’a offert un gobelet rempli de Fanta, un jeune qui me traitait de flic, un qui m’a dit “Il faut parler aux jeunes!”, un qui m’a dit que j’avais du mal � m’exprimer, un qui m’a demandé “C’est un projet bénévol?”, un qui m’a dit “Tu es l� pour tes interêts!”, un qui m’a raconté la magnifique sourate Youcef, un qui m’a dit en plaisantant “C’est un scooter volé!”, un qui a dit “l� celui(celui l� )! Il est chelou!”, un qui m’a dit “Tu vas me filmer, je vais sauter en parachute du toit de la cité!”, un qui m’a dit “ici c’est la cité de satan!”, un qui m’a dit “tu vas bien!”, un qui m’a dit “ Ici il faut faire un reportage!”, une qui m’a demandé “ Pourquoi la cité Lénine?”
Thu 1 Jun 2006
Posted by Karim under General newsComments Off

Paco Sanchez et Dédé Gallice sont amis d’enfance. Ils ont grandi ensemble dans la passion du karaté. Dédé est un jour accusé d’un vol par le patron de la boîte de nuit où il est employé. Il prend la fuite avec l’aide de sa femme, Claire. Le chemin des deux amis se croise alors de nouveau. Poursuivi par un patron et des employés asservis, Dédé, Claire et Paco dans une fuite nocturne et effrénée, ponctuée par des combats spectaculaires. Dans cette course-poursuite à travers Paris, les aspirations des personnages se dévoilent lentement, et culminent lors d’une partie de paint-ball apocalyptique mêlant l’imagination à la réalité.
Wed 31 May 2006
Posted by Karim under Le journal de KarimComments Off
Lundi 29 mai 2006

Le 10ème a été nettoyé ce matin. L’étage dégage une très forte odeur de “propre”. Les quatres ascenseurs fonctionnent. Je prends l’ascenseur avec trois soeurs: deux adolescentes et une enfant. La dernière mange un morceau de pain et ses grandes soeurs lui demandent pourquoi elle a un reste de paillettes sur toute la tête. Dans le hall, je croise le balayeur qui me dit “Vous êtes toujours dans l’immeuble!” je lui reponds que oui mais que ma mission est bientôt terminée. Je reste devant la loge pour attendre le gardien qui a un bouc, avec l’idée que peut-être je visiterais grâce à lui la céllule Lénine. L’intérieure de la loge est caché par des affiches collées aux carreaux: “A vendre aquarium 250L avec meuble tout équipé plus poissons et autres produits 0623955151″, “NOUVEAUX ACOMPTES DE CHARGES 2006″, une pancarte “OUVERT”, “le premier voisin qui s’arrête (de faire du bruit) a gagné…” Je croise comme d’habitude une vieille voisine qui me dit “Vous en avez de la patience! Mais qu’est ce que vous voulez que je vous dise? Y a rien à dire sur la cité! Faut pas écouter n’importe qui! Les conneries ça va en dire!” Elle est rejoint par une autre voisine qui ne souhaite pas parler non plus mais en sortant du hall elle demandera à le vieille voisine à voix basse “Avant la cité, il y avait bien un garage d’ambulance ici?”
Puis une mère revient de l’école aves ses deux filles. Elle prend le courrier pendant qu’elles disent: “Eh moi? Eh moi?” Je me tourne vers un des tableaux d’affichage et il apparaît sous une seule couche de peinture: “ne payez pas votre loyer” je remarque une vitre cassée sans être capable de savoir de quand ça date… Trois poussettes sortent en fil indienne. Une autre mère entre avec une fille et un garçon, elle recupère son courrier et leur demande “Appelez l’ascenseur, vous m’attendez!” puis arrive une autre famille, puis une autre et de ce petit rassemblement improvisé j’entends: “Ca va Nora!?”, “Bonjour, comment allez vous?”, “Je vous en prie!” etc… Je rejoins le gardien qui a un bouc au niveau de la coursive et lorsque je lui demande de me faire visiter la céllule Lénine il me répond qu’elle est murée pour empêcher les squates “On mets des parpaings car ils défoncent les portes!”
Je décide alors de revisiter l’immeuble méthodiquement étage par étage, c’est à dire du 4ème au 17ème. Les ascenseurs s’arrêtent qu’aux étages paires, les étages sont découpés en forme d’escalier irrégulier. Au 4ème je compte quinzaine d’appartements pour chaque aile, une douzaine d’apparts au 6ème aussi par aile, au 8ème une dizaine, au 10ème autour de huit, au 12ème autour de cinq, au 14ème trois et au 17ème un appart, celui de l’architecte. Par étage impair, il y a autour de quatre apparts. Les portes sont toutes immatriculées de cinq chiffres, les deux premiers indiquent l’adresse c’est à dire 62 aile bleu; 64 aile jaune; 66 aile verte; 68 aile rouge.Le troisième chiffre indique l’étage et les deux derniers correspondent au numéro de la porte. Il y a des portes d’origine c’est à dire respectant cette nomenclature colorée, des portes repeintes, des portes blindées, des portes non fumeur: “entrez sans fumer merci”, des portes anonymes, des portes antisquates, des portes avec un verrou, des portes avec deux verroux, des portes avec trois verroux, des portes avec poignées, des portes ouvertes, des portes fermées à clefs, des portes qui s’ouvrent, des portes qui se referment, des portes qui donnent sur dedans, des portes qui donnent sur dehors, des portes enfoncées, des portes rayées, brûlées, des portes cyclopes avec oeil de boeuf, des portes aveugles, muettes, sourdes…sans parler des portes des compteurs d’eau ou d’éléctricité. Certaines portes sont combinées avec un paillasson, souvent “Bonjour”, parfois “Welcome” ou “Bienvenu” sinon au motif qui s’efface avec le temps comme une poule, deux écureuils ou même une pudique feuille de vigne.
J’aide une mère à descendre sa poussette sur le pallier d’un étage…(paire) pour prendre l’ascenseur. Pablo, un jeune pittbull noir et blanc hésite à descendre les escaliers. Il a deux mois et demi et n’a pas confiance en lui.
Je décide d’aller rendre visite à l’architecte en bas, aile rouge. Il paraît que c’est le fils de Jacques Kalisz, l’architecte de la cité. Pour cette construction, il me conseille de m’informer à l’IFA. Je complète cette description à l’OPHLM qui a ses bureaux en bas des deux ailes rouge et verte. A l’acceuil, j’apprends que les locations ont debuté en juillet 1970. Elle offre depuis près de trente-six ans des logements types F1,F2,F3,F4 et duplex. Aujourd’hui, les studios restent des surfaces perdues. Parfois gréffé à un autre appart pour en faire des F6!
A 17h30, Je rencontre un ancien habitant de la cité qui a grandi ici et qui y vit presque depuis toujours. Il me raconte que la mentalité des habitants, des mômes a beaucoup évolué avec des bons comme des mauvais côtés: “Derrière, du côté du terrain de foot qui n’existait pas avant, à mon époque on était habitué à jouer au foot entre tous les jeunes de la cité, entre amis, on organisait des tournois dès l’âge de sept ans jusqu’à quinze, seize ans. On jouait à quinze contre quinze en bas au niveau du parking, il y avait rarement des voitures garées. On faisait les cages avec un pull et un poteau. Ça faisait les buts! On faisait aussi des sorties au Parc des Princes, on s’organisait entre nous, Y’ avait pas encore l’OMJA. On faisait des circuits de cross grâce aux pentes qui étaient les égouts, on voulait aussi les raser pour agrandir le terrain de foot. On faisait des parties de gammelle à quinze, vingt! Et des chasses à l’homme! Mais à partir de quinze, seize on a plus vu! Il y avait des problèmes de drogue. Des gens venaient se camer! On voyait des seringues. Mais aujourd’hui, on regrette que les jeunes de la cité ne respectent plus les grands! Nous! On disait bonjour! Même si la came a disparu, ça s’est dégradé! le chite a remplacé… deal. Il y avait aussi des arnaques y a quinze ans. Des gens qui faisaient semblant d’habiter dans la cité, passaient dans les étages. Ils descendaient en pantoufles pour faire croire qu’ils étaient des voisins dans l’immeuble. Ils proposaient tout et n’importe quoi. Les acheteurs devaient attendre la transaction au niveau des ascenseurs. Et l’arnaqueur disparaissait dans le couloir sans jamais revenir. Il s’enfuyait par les escaliers de secours du couloir. Donc de sept ans à quinze ans, c’était mes meilleurs souvenirs. Tout le monde se parlait! Puis chacun partait de son côté alors que la génération au dessus restait tous ensemble. Mais à partir de quinze ans y a plus eu ça! Chacun a fait son bonhomme de chemin. Certains ont pri la mauvaise voie. Y a des grands aussi qui faisaient des trucs de dingue, comme faire de la guitard au bord de la fenêtre au 10ème étage.”
Je lui demande de me parler de “La légende de Dédé”. Il me dit “C’est un court métrage! Mon grand frère a joué dedans. C’est l’histoire d’un chaud qui habitait sur Aubervilliers, pas forcément ici! Il avait une réputation de bandit. Tourné en bas de la cité au niveau du square par les frères Olivarès. Ils ont commencé avec une petite caméra et ils ont fini par ouvrir leur boîte de production. Ils ont fait un autre long métrage- “En attendant la neige”. Y a encore des stickers en bas collé depuis longtemps. Ça n’a pas bougé!… Vivre dans la cité, c’est l’enfer! Ils ne se respectent plus entre voisins! Ils jettent par la fenêtre! Les nouveaux voisins craquent. Qu’est ce que je pourrais dire? Avant c’était un labyrinth! Tu pouvais rentrer d’un côté et ressortir de l’autre. Maintenant une porte sur deux est ouverte.”
Il laisse un silence puis il se remémore “Il y avait des troncs d’arbres… on appelait ça les bois! C’était magnifique! On pouvait s’accrocher. Ca partait dans tous les sens! On pouvait jouer à chat dedans!”
Avant de partir, il m’écrit au recto d’une feuille de papier, la première détachée à mon cahier rouge. Celui qui m’accompagne depuis le début de cette aventure:
“Bobeker, mon frère + 2 autres de la cité ont monté un projet avec l’OMJA: créer une antenne en bas de la cité, proposer activités sportives, culturelles, créer un espace foot (actuellement le terrain de jeu qui existe)”
Au verso, il dessinera une carte mémoir du terrain de jeu de son enfance…
Sun 28 May 2006
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Un vieux voisin nous raconte qu’il est arrivé à la cité Lénine à la fin de sa construction. Il me dit qu’il y avait une passerelle à l’extremité de l’aile bleu pour accèder aux coursives. Les ascenseurs n’étaient pas prêts.
Ils étaient la première famille algérienne à emménager dans l’immeuble. Ils ont subi le racisme de la part des pieds noirs* et aussi de la première génération d’immigrés, espagnoles, portuguais, italiens. “Les algériens se faisaient attaquer! on les évitait en montant par les escaliers de secours. On parle d’intégration mais nos enfants faisaient des études mais pour remplacer les parents, la main d’oeuvre! Ils commencent à changer leur politique comme par exemple la RATP**… Avant si les gosses étaient d’un côté français et de l’autre étranger on te considérait pas comme français si tes parents n’étaient pas naturalisés. Il fallait montrer toujours différents papiers!” Sa femme arrive avec un chariot de courses et elle me dit “Je suis arrivée ici et il n’y avait pas encore de lumière. Ça me plaisait! mais plus maintenant ! Six étages à pied c’est dur! Je vis avec mon fils handicapé.”
Je décide de retourner à la laverie au moment où certains habitants viennent vider les machines. Je croise un albertivillarien qui connait le coin depuis longtemps. “Cité Lénine, c’est chaud! Je connais quelques familles… Avant la drogue! Ils ont même expulsé deux familles! A partir des 1990 c’est devenu chaud! Les années 80, c’était niquel ! La cité été construite, ça fait maximum trente-cinq ans. C’est l’éducation! les gens ont peur des représailles, qu’on casse leur voiture etc…! Trop de laissez aller! A commencer par le commissariat. Ils ne punissent pas. Il faut qu’ils bossent. Dans notre génération, on entendait un flic, on tremblait! Maintenant ils s’en foutent; Y’a pas d’éducation. J’ai des enfants. Quand y’en a un qui ramène un blouson, Tu lui demandes pas d’où il vient? Mes enfants ils s’en sont sorti! Mais certains ici, ils foutent le bordel avec des motos volés. Les gens ils veulent de l’argent facile. La cité! C’était un endroit formidable! Ils ont tout dégueulassé! dès 92, 93 cambriolages des bureaux, feux aux poubelles…! Il faudrait un bon gardien et punir les parents. C’est malheureux à dire mais Sarkozy a raison! Il y a trop de merde! Je les ai vu naître, grandir, et quand ils font des conneries je vais voir les parents! Ils disent que c’est pas leur fils! Y’en a deux qui sont mort d’overdose! Y’avait une famille qui est parti et ça va un peu mieux mais… Aubervilliers c’est surpeuplé! On ne peut pas être derrière tout le monde! La classe moyenne de Paris est venu vivre ici parce que Paris est trop cher. Mais ils vont les pousser petit à petit en grande banlieue. Aubervilliers va devenir le 21ème arrondissement de Paris! J’ai entendu dire ça il y a une dizaine d’années!”. Je demande à une habitante qui vient d’arriver si elle peut me parler de la cité Lénine mais elle me répond sur la défensive: “La cité Lénine! Je ne connais pas! C’est cité République! J’ai rien à dire! Moi je me promène dans la rue…voilà !”
A mon retour au studio, Chantal m’appelle sur le fixe “Il est important de dire que la cité a un passé respectable. Je vis dedans avec l’impression que c’est un bateau… surtout quand il y a du vent qui s’engouffre dans les fenêtres en faisant clic! clic! Pour moi, y’a pas de doute, c’est un paquebot échoué avec les cales un peu rouillées, hors normes sécurité! On est pris dans une énorme tempête. Les passagers ont le mal de mer et crient.”
A quoi pense le capitain?
*Selon le Petit Robert, le terme « Pied-Noir », utilisé comme substantif ou adjectif, désigne familièrement les Français d’Algérie, rapatriés en France à partir de 1962.
Pied-noir (plural: pieds-noirs) is a term for the former population of European descent of North Africa, especially Algeria, which was divided into three French departments until its 1962 independence. It also includes the Algerian Jewish population as well, some of whose ancestors had fled Spain after the Reconquista. Literally Pied-noir means “black foot” in French. Supposedly, one way the colonists could be distinguished from the indigenous Algerians was by the black boots that the French wore. According to most scholars, however, the term is of unknown origin. One of the most famous pieds-noirs was Albert Camus.
voir: http://www.piedsnoirs-aujourdhui.com/
voir: http://www.cadrage.net/films/cache.htm
** RATP: http://www.ratp.fr/
Sat 27 May 2006
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Vendredi 26 mai 2006
Le ciel est gris aujourd’hui comme l’air de la lune! Je me demande si les enfant ont école aujourd’hui ou s’ils font le pont. Et ils me disent “Si! Y a école et ils vont remplacer ce jeudi par samedi!”. Je vais voir au terrain de foot et il n’y a personne, sauf un sweet shirt noir avec des bandes blanches oublié là dans des pétales de fleurs mauves. Les ouvriers du chantier font le pont. Je rencontre Zohra qui va à la laverie du quartier pour laver deux Hoffs. Le lavage dure 45min. On en profite pour retourner en bas de la cité. C. revient des courses et je demande à Zohra de me la présenter.
Elle habite ici depuis six ans. Elle a connu beaucoup de quartier sur Aubervilliers mais elle regrette d’avoir atterri là . Elle parle le soninké*, me dit elle, et “Ici les locataires, on est bien , mais ici, c’est un labyrinthe. On m’a dit aussi qu’ils voulaient péter la cité! Ici y a rien! Nos enfants se tapent dessus… y a toujours des problèmes entre les noirs et les arabes. C’est des familles minimum de huit enfants mais on s’entend pas entre nous. Je regretterai d’habiter ici toute ma vie. Mon appart est propre! Tout est à moi: murs, plafonds, sol, etc… Le jour où je pars, j’arrache tout. Le plafond c’est effondré chez moi. A cause d’une fuite, tout est tombé! Je me suis battu avec le gardien pour me refaire toute l’électricité. Donc c’est soit ça ou on ne paye plus le loyer! Moi j’achète des frigos qui coûtent chers pour que ça dure longtemps! Avec une prise on doit tout alimenter! Y a six prises dans le salon! Y’en a une qui marche! Sur la multiprise il faut brancher vidéo, télé, répondeur, Noos, TPS, DVD…! Le jour où ça prend feu! Tout pète! Je te montre la cassette vidéo! J’ai filmé avant les travaux. J’ai investi chez moi! J’ai six enfants! Il faut être hygiène! Prends le sceau d’eau, la raclette! Elle montre une bouteille de savon et dit: “Ça me fait une semaine! Ici c’est dégueulasse! Je suis rentrée dans un appart pas refait et pour me faire chier ils n’ont pas fait les travaux! Je veux qu’on me change de cité. Sinon on va voir ce que je vais faire! On n’est pas des animaux! J’ai quatre garçons dans une chambre, deux filles dans une autre et lorsqu’ils vont grandir, ils ne pourront pas dormir dans la même chambre. les couloirs sont sales, je vais leur apprendre à faire le ménage comme au bled. Quand je dis aux autres de ramasser leur bouteille de sirop car ta mère peut un jour en avoir besoin! Mais ils n’écoutent pas donc la prière que tu fais elle ressort par derrière. On a une expression qui dit: “Quand tu manges, Tu t’assois pourquoi? Pour pas que ça sorte par derrière!” …Pour les charges que je ne paye pas, je suis passée au tribunal. Je leur ai dit que je vis dans l’enfer avec mon logement. Madame le juge! Venez voir comment on vit! On est les chiens d’Auber…! Ils m’ont donné raison! Moi j’ai squaté des logements à Auber! J’ai pas honte. Si les gens bougent pas, ça va devenir comme les 3000 à la Courneuve**! Tu passais dehors on t’arrachait ton sac! Mon porte monnaie c’est mon soutif!***”
C. remonte dans l’immeuble en disant q’elle nous montrera la cassette. Zohra se rappelle qu’une année à Aubervilliers, des jeunes pour 4000-5000 francs ouvraient des squates. L’OPHLM avait halluciné! Ils avaient ouvert soixante logements en un week-end. La politique d’Aubervilliers a acceuilli plein de gens. Donc il y a eu beaucoup de squates dans cette ville.
*Le soninké (également appelé sarakolé) est une langue de la famille nigéro-congolaise et du sous-groupe mandé, parlée par environ un million de personnes qui appartiennent à la communauté soninké. Sa zone d’expansion comprend les deux-tiers du Mali, le sud de la Mauritanie, une grande partie du Sénégal, le nord-ouest du Burkina Faso, une partie de la Gambie et de la Guinée-Bissau. Du fait de la tradition d’émigration pratiquée par les Soninkés, on retrouve aussi d’importantes communautés soninkés hors de l’Afrique de l’Ouest, notamment dans la région parisienne.
Le soninké possède une littérature parlée, mais peut également s’écrire en utilisant l’alphabet latin, augmenté de quelques lettres supplémentaires. Au Mali, l’orthographe latine est officielle depuis 1982.
**Un jeune à Aulnay-sous-Bois : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne”
LE MONDE | 03.11.05 | 13h05 • Mis à jour le 03.11.05 | 13h25
Les flammes s’aperçoivent à plusieurs centaines de mètres. Il est 23 h 30, ce mercredi 2 novembre, et un incendie violent embrase les locaux d’un concessionnaire automobile qui abritait plusieurs voitures neuves à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), au rond-point de l’Europe. Une centaine de pompiers s’activent à combattre le feu, sous la protection de deux compagnies de CRS. La tension reste vive, plusieurs dizaines de jeunes prennent à partie une équipe de France Télévision. La voiture de reportage est incendiée, après avoir été utilisée comme bélier contre une agence bancaire.
A l’arrivée de la police, les groupes se replient en désordre. Ne restent que quelques badauds qui assistent, silencieux, à l’intervention des pompiers. Quelques minutes plus tôt, la caserne d’Aulnay-sous-Bois, protégée par les CRS, a elle-même été visée par des jets de cailloux et de briques.
Selon plusieurs témoins, une quarantaine de jeunes, dont certains de très jeune âge, ont attaqué la concession automobile avec des cocktails Molotov, à l’origine du départ de feu. Sur place, Christian Lambert, le directeur central des CRS, demande à ce que l’on procède à des interpellations. “Ils vont très vite et sont très mobiles, ils cassent systématiquement tout et il est presque impossible de les arrêter tout de suite” , déplore un officier de la CRS 7. En Seine-Saint-Denis, 15 personnes seront interpellées dans la nuit, portant le total des arrestations à 89 en trois jours.
Des incidents sont signalés dans les Hauts-de-Seine ; des dizaines de voitures brûlées, un jet de cocktail Molotov sur le commissariat d’Antony. Six véhicules sont détruits par le feu dans le Val-d’Oise. Mais c’est en Seine-Saint-Denis que sont concentrés les faits les plus graves. A La Courneuve, “les policiers ont été visés par deux tirs à balles réelles”, indique le responsable opérationnel des CRS de la préfecture de police. A Aulnay, encore, un poste de police a été forcé et saccagé. Situé près de la cité sensible des 3000, il est fermé la nuit. Des jets de cailloux, et des affrontements sporadiques à Sevran, Bobigny, Bondy, Livry-Gargan, l’incendie d’un gymnase au Blanc-Mesnil ont été signalés. Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où la tension avait été la plus forte les nuits précédentes, comptent parmi les villes les plus calmes.
“ON SENTAIT MONTER ÇÀ”
A Aulnay, quelques jeunes des 3000 viennent dire aux journalistes qu’ils ne s’arrêteront pas, une semaine après le début des affrontements avec la police, provoqués par la mort inexpliquée de deux jeunes gens, jeudi 27 octobre, dans un transformateur de Clichy-sous-Bois. “Cela va peut-être leur faire comprendre aux gens du gouvernement”, dit l’un d’eux, tandis qu’un autre avertit : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne.”
Il est un peu plus de minuit et demi quand Nicolas Sarkozy arrive à la direction départementale de la sécurité publique à Bobigny, en provenance de l’Assemblée nationale où les députés discutaient le budget du ministère de l’intérieur. Se refusant à toute déclaration, M. Sarkozy évoque “une réunion de travail” avec le préfet, Jean-François Cordet, M. Lambert, et les responsables policiers du département. “Nous avons à faire à des bandes organisées” , a indiqué à la sortie le responsable de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis, Jacques Méric, suggérant pour la première fois une forme de concertation, et le choix préalable de cibles. Sur le terrain, un officier de CRS se montrait plus prudent : “Ils sont certainement organisés, mais on ne peut pas encore parler d’une sorte de coordination des actions.”
Le ministre fait état des notes et des statistiques des Renseignements généraux. “On sentait monter ça depuis plusieurs mois, explique M. Sarkozy. Le nombre d’incidents enregistrés à Noël 2004 et au 14-Juillet avait été alarmant.”
Comment faire face aux violences persistantes ? Le plan de lutte contre les violences urbaines, mobilisant 17 compagnies de CRS dans 17 départements sensibles est entré en vigueur, jeudi 2 novembre. A Aulnay, plusieurs officiers de CRS mobilisés dans le cadre de cette nouvelle mission critiquaient l’absence de soutien des forces de sécurité publique sur le terrain, en clair des gardiens de la paix des commissariats. Alors qu’ils intervenaient pour assister les pompiers pendant l’incendie chez le concessionnaire d’Aulnay, les CRS ont été contraints d’assurer la circulation automobile.
Au cours d’une conférence de presse improvisée, Marc Gautron, secrétaire national de l’UNSA-police, syndicat majoritaire, réclamait que “la police de proximité soit rétablie dans les cités”. “Malgré les discours d’apaisement du gouvernement, a-t-il ajouté, on constate une escalade de la violence. Il faut rétablir les polices de proximité de façon à faire de nouveau de la prévention.”
Vers 2 heures du matin, le calme était revenu dans l’ensemble du département. Un seul blessé grave était à signaler du côté des CRS, touché à la main par l’explosion d’un cocktail Molotov.
Pascal Ceaux
*** soutif = soutien-gorge.
Fri 26 May 2006
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Je décide de prendre l’ascenseur pour visiter le 14ème et le 16ème étage et j’y croise une voisine qui me dit: “Mon étage il est bien mais les autres…” Certains disent que plus on monte dans les étages et plus les lieux sont respectés en raison de l’appartement du maire adjoint qui vit là .
Je décide de redescendre par les escaliers de secours verts et j’y trouve tout en haut une baignoire planquée là comme un sarcophage.
Fri 26 May 2006
Jeudi 25 mai 2006
Elle s’appelle Xxxxx, alias la xxxx xxxx ou la xxxx blanche. Xxxx habite au 10ème aile bleu. Elle écoute comme hier de la musique malienne les fenêtres grandes ouvertes lorsque qu’elle fait le menage. Dans la cité, elle est connue parce qu’elle sait parler couramment plusieurs dialectes maliens et elle sort toujours habillée d’un boubou en tissu africain, coiffé d’un foulard on dit moussor en sénégalais et porte sur son dos un de ses enfants avec un mbotou et cela me rappelle un photo de ma mère et moi. Je me demande est ce que je finirais par la rencontrer.
Je descend en ascenseur et au 8ème étage une fille en fauteuil roulant embarque, accompagnée par ses deux frères et sa mère. Au 6ème un vieux voisin qui a une dent en or entre en disant: “Y a plus de place! On va se serrer! C’est pas de notre faute si on est gros!” On sourit.
Arrivé en bas on est relayé par ma voisine qui a l’air préssée! Elle va bientôt déménager et je lui demande si elle pourra me parler de F.. Elle me dit “aujourd’hui j’ai pas le temps alors demain peut-être!”.
Un voisin qui porte un vieux bonnet bleu arrive avec un gros berger allemand tenu en laisse. Son chien se précipite pour monter dans l’ascenseur, ses pattes patinent sur le carrelage du hall, il dit “ça suffit un peu!” je lui demande de me parler de la cité et il bégaye “Je suis là depuis 84, et je suis resté hémiplégique pendant 15ans! Avant ici c’était beau… après c’était drogue… maintenant? Plein de trucs!” Puis il monte dans l’ascenseur suivi prudemment par une voisine. La porte de l’ascenseur se referme sur ses gros yeux écarquillés. Je croise le voisin au regard bleu vif qui me demande surpris “Bah! Tu travailles toi!”. Puis il me dit qu’il a reçu un devis pour changer les roues de sa voiture et une poignée de portière. “Ils m’ont demandé 130 euros pour une poignée! J’ai dit ça va pas puis j’ai laissé tomber!” Un voisin rit et dit “Maintenant quand t’achète une poignée de voiture… ils te vendent le moteur qui va avec!”
Je fais un tour de l’immeuble du côté sud-est parce que l’article du Parisien montrait hier une photo de la façade en meilleur état. Je vois à une des fenêtres une cage à oiseau et je constate à nouveau que ce coté a injustement plus mal vieilli. Je remonte dans les étages car j’entends un bruit de ballon contre les murs. Et une fois remonté à la source du bruit, je tombe sur deux petits de sept, huit ans qui s’amusent à shooter le ballon contre le plafond du pallier… ça résonne dans tout l’immeuble. Je leurs demande d’aller jouer dehors dans le terrain et celui qui mange une glace me dit “Excusez nous monsieur! Mais on peut pas y’a les grands!” je lui dis que j’en viens et qu’il n’y a personne et que jouer ici ça dérange encore plus les grands… Ils me sourient d’un air embêté puis ils descendent.
En bas, je rencontre deux vieux copains qui discutent sur un banc. Je m’approche et leur demande s’ils peuvent me parler du coin. Celui qui a une dent en or me dit “Ici on ne réclame plus, on attends plus rien, je ne fais rien… pas de projet dans ce pays, y a rien pour nous donc, il nous reste plus qu’à terminer nos jours ou partir ailleurs; mes enfants ont grandi ici, ils ont leur bac mais on ne leur donne pas de travail alors on réclame plus… On a trop attendu”. Celui qui a un beret dit “Ici j’ai travaillé et j’étais délégué à l’usine… je vis depuis longtemps ici et maintenant ils attendent que des familles partent pour augmenter les loyers, ici y’a 263 familles, plus des studios… et quand quelqu’uns cassent ici, tout le monde paye! Je suis en colère par ce que le maire a dit… que celui qui n’est pas content va ailleurs! Ils attendent qu’on partent! L’OPHLM n’écoute pas! Il y a des familles françaises qui déménagent, malheureusement!”
Les deux enfants reviennent avec leur ballon et ils demandent au monsieur avec la dent en or “Tu as fait la guerre? Toi! Et t’as vu les allemands aussi? Moi mon grand-père il a fait la guerre à sept ans!” Le vieux monsieur avec une dent en or rit et lui explique en arabe ce qu’il a vécu tout en plaisantant. Puis les enfants leurs demandent un euro pour acheter des bonbons et ils chahutent autour d’eux pour leurs piquer une pièce, peu importe la taille, de leurs poches. Ils jouent puis il leur donne une pièce de cinquante centimes d’euros. Les deux copains rentrent et les deux petits vont acheter des bonbons à la station d’essence. Dans cette excitation il y a un des petits qui perche son ballon dans la coursive et il me dit: “Les gardiens! Ils voudront pas nous ouvrir!�” Ils disparaîssent rapidemment au coin de l’immeuble pour chercher d’autres jeux et d’autres histoires.
J’ai rendez-vous à 14h avec un voisin au 12ème aile bleu. Et lorsque j’arrive, ça sent encore une bonne odeur de poisson. Il m’installe dans un confortable canapé et il me dit en gardant un oeil sur le reportage télé: “Avant ici il y avait une grande salle de cérémonie en bas, avant que certaines personnes ne sèment la pagaille! Ça a été supprimé! Sinon je peux vous dire qu’au départ, là ou se trouvent le batiments, c’était une ancienne usine! Y a pas grand chose à dire! Ici la plupart sont des ouvriers. Il y a des periodes avec les gens où on est pas tranquille. Ils cassent tout. On fait souvent des réunions pour signaler ce qu’il y a à améliorer. Ici c’est bien! Les maison en duplex, on n’est pas géné par les voisins en tout cas au 12èmé c’est bien on est en haut! Il parait que certains jeunes cassent tout, comme dans les autres cités. Mais cette cité est agréable à vivre à mon niveau pas de problème. Mais tel que le batîment est fait! J’aurais préféré quatre batîments séparés! Ca serait mieux! Imaginez les ascenseurs lorsqu’ils sont en panne au moment de la sortie de l’école, le nombre de personnes dans le hall. C’était sans doute pas mal dans les années 70 mais aujourd’hui… Quand y a du bruit, on peut pas savoir d’où vient le bruit. Il faut dire si, il y a des choses à améliorer ici, mais qu’on a pas de problème avec les jeunes personnellement. Mais il y a un problème dans les parties communes. J’habite ici depuis 1970, j’ai quatre enfants et on a jamais eu de problème. Je ne peux pas me plaindre. Les gens ici, ça vient, ça part! Il y a beaucoup de gens qui sont des camarades, ils ont leur carte au PC. En dessous, Il y a plus d’appartements donc ça bouge plus!
On est bien desservi ici, il y a le lycée Henri Vallon, le lycée professionnel Jean-Pierre Timbault, on est à 300m du métro, on est bien placé! Y a peu de chose à améliorer mais rien n’est fait! Si vous voulez vous pouvez rencontrer un copain au 4ème! Mais je dois partir!” Je me lève et sur le pas de la porte il me demande si je suis née ici et il me dit qu’il va retourner au Sénégal pour visiter Saint-Louis car il a adoré ce pays.
A 15h je rejoinds C. qui elle aussi se réveille d’une petite sieste. Elle m’invite pour boire un café et me dit “Quoi dire?” Je lui dis que je trouve cela parlant puis elle dit après avoir servi le café: “Je considère cette cité comme une ville dans la ville! Il y a plein de gens différents avec des idées politiques différentes dans 300 appartements donc forcément les problèmes se règlent moins facilement. On est tous des gens avec peu de moyens. Ça soulève un problème. Le monde bouge. La cité a été construite y a longtemps mais y a pas si longtemps en même temps. Les problèmes changent. On ne les gère pas de la façon dont on devrait les gérer. C’est comme une ville, un village. L’ambiance de violence n’est pas drôle en ce moment. Crise! Mais crise du monde dans lequel on est! Les problèmes ici prennent une grande ampleur… Cette cité a été construite dans un but de nouveauté! Il faut qu’elle redevienne un exemple de grand ensemble où les gens peuvent vivre de façon harmonieuse. Les rêves existent! On est tous responsables de là où l’on vit. On vit avec les autres! 300 apparts…c’est difficile! Mais enfin bon! Il faut que les esprits changent! Il faut que tu interroges des personnes âgées et des jeunes. C’est ça l’histoire! Enfin la décision de s’occuper des ascenseurs a été prise! Il faudrait arriver à restaurer un patrimoine de vie, de tolérance, de partage des idéaux, de joie, de fête, sourir…voilà ! Mais malheureusement ça appartient aussi aux politiques! A chacun de s’interroger sur ce qu’il est sans se replier sur soi! Il faut que les gens se réveillent!”
Au 10ème je croise des voisins de mon âge et on discute un peu. Ils m’expliquent qu’avant on pouvait aller partout, en bas de l’immeuble tout était ouvert. Cette immeuble a été construit comme une fourmilière et qu’il y a trop de personne qui passe par le même endroit… Mais il y a eu une bonne époque! Mais nous, on a tout essayé pour avoir un locale mais à chaque fois on nous le retirait. On allait même en réunion pour en discuter jusqu’au moment où on a bien compris que ça servait à rien! Maintenant il veulent nous donner un locale mais qu’est ce qu’on va faire…on est trop vieux maintenant! On nous met sur le dos tout et n’importe quoi ça n’a pas de sens! Tu crois qu’on va pisser dans les escaliers!? On habite ici!”
Puis un autre me dit qu’il a joué dans un film tourné ici qui s’appelle la légende de DD. On discutera un long moment avant de rentrer.
Je reçois un coup de téléphone de C. qui me dit “Cette cité a besoin d’une réhabilitation urgente!”
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