May 2006
Monthly Archive
Wed 31 May 2006
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Lundi 29 mai 2006

Le 10ème a été nettoyé ce matin. L’étage dégage une très forte odeur de “propre”. Les quatres ascenseurs fonctionnent. Je prends l’ascenseur avec trois soeurs: deux adolescentes et une enfant. La dernière mange un morceau de pain et ses grandes soeurs lui demandent pourquoi elle a un reste de paillettes sur toute la tête. Dans le hall, je croise le balayeur qui me dit “Vous êtes toujours dans l’immeuble!” je lui reponds que oui mais que ma mission est bientôt terminée. Je reste devant la loge pour attendre le gardien qui a un bouc, avec l’idée que peut-être je visiterais grâce à lui la céllule Lénine. L’intérieure de la loge est caché par des affiches collées aux carreaux: “A vendre aquarium 250L avec meuble tout équipé plus poissons et autres produits 0623955151″, “NOUVEAUX ACOMPTES DE CHARGES 2006″, une pancarte “OUVERT”, “le premier voisin qui s’arrête (de faire du bruit) a gagné…” Je croise comme d’habitude une vieille voisine qui me dit “Vous en avez de la patience! Mais qu’est ce que vous voulez que je vous dise? Y a rien à dire sur la cité! Faut pas écouter n’importe qui! Les conneries ça va en dire!” Elle est rejoint par une autre voisine qui ne souhaite pas parler non plus mais en sortant du hall elle demandera à le vieille voisine à voix basse “Avant la cité, il y avait bien un garage d’ambulance ici?”
Puis une mère revient de l’école aves ses deux filles. Elle prend le courrier pendant qu’elles disent: “Eh moi? Eh moi?” Je me tourne vers un des tableaux d’affichage et il apparaît sous une seule couche de peinture: “ne payez pas votre loyer” je remarque une vitre cassée sans être capable de savoir de quand ça date… Trois poussettes sortent en fil indienne. Une autre mère entre avec une fille et un garçon, elle recupère son courrier et leur demande “Appelez l’ascenseur, vous m’attendez!” puis arrive une autre famille, puis une autre et de ce petit rassemblement improvisé j’entends: “Ca va Nora!?”, “Bonjour, comment allez vous?”, “Je vous en prie!” etc… Je rejoins le gardien qui a un bouc au niveau de la coursive et lorsque je lui demande de me faire visiter la céllule Lénine il me répond qu’elle est murée pour empêcher les squates “On mets des parpaings car ils défoncent les portes!”
Je décide alors de revisiter l’immeuble méthodiquement étage par étage, c’est à dire du 4ème au 17ème. Les ascenseurs s’arrêtent qu’aux étages paires, les étages sont découpés en forme d’escalier irrégulier. Au 4ème je compte quinzaine d’appartements pour chaque aile, une douzaine d’apparts au 6ème aussi par aile, au 8ème une dizaine, au 10ème autour de huit, au 12ème autour de cinq, au 14ème trois et au 17ème un appart, celui de l’architecte. Par étage impair, il y a autour de quatre apparts. Les portes sont toutes immatriculées de cinq chiffres, les deux premiers indiquent l’adresse c’est à dire 62 aile bleu; 64 aile jaune; 66 aile verte; 68 aile rouge.Le troisième chiffre indique l’étage et les deux derniers correspondent au numéro de la porte. Il y a des portes d’origine c’est à dire respectant cette nomenclature colorée, des portes repeintes, des portes blindées, des portes non fumeur: “entrez sans fumer merci”, des portes anonymes, des portes antisquates, des portes avec un verrou, des portes avec deux verroux, des portes avec trois verroux, des portes avec poignées, des portes ouvertes, des portes fermées à clefs, des portes qui s’ouvrent, des portes qui se referment, des portes qui donnent sur dedans, des portes qui donnent sur dehors, des portes enfoncées, des portes rayées, brûlées, des portes cyclopes avec oeil de boeuf, des portes aveugles, muettes, sourdes…sans parler des portes des compteurs d’eau ou d’éléctricité. Certaines portes sont combinées avec un paillasson, souvent “Bonjour”, parfois “Welcome” ou “Bienvenu” sinon au motif qui s’efface avec le temps comme une poule, deux écureuils ou même une pudique feuille de vigne.
J’aide une mère à descendre sa poussette sur le pallier d’un étage…(paire) pour prendre l’ascenseur. Pablo, un jeune pittbull noir et blanc hésite à descendre les escaliers. Il a deux mois et demi et n’a pas confiance en lui.
Je décide d’aller rendre visite à l’architecte en bas, aile rouge. Il paraît que c’est le fils de Jacques Kalisz, l’architecte de la cité. Pour cette construction, il me conseille de m’informer à l’IFA. Je complète cette description à l’OPHLM qui a ses bureaux en bas des deux ailes rouge et verte. A l’acceuil, j’apprends que les locations ont debuté en juillet 1970. Elle offre depuis près de trente-six ans des logements types F1,F2,F3,F4 et duplex. Aujourd’hui, les studios restent des surfaces perdues. Parfois gréffé à un autre appart pour en faire des F6!
A 17h30, Je rencontre un ancien habitant de la cité qui a grandi ici et qui y vit presque depuis toujours. Il me raconte que la mentalité des habitants, des mômes a beaucoup évolué avec des bons comme des mauvais côtés: “Derrière, du côté du terrain de foot qui n’existait pas avant, à mon époque on était habitué à jouer au foot entre tous les jeunes de la cité, entre amis, on organisait des tournois dès l’âge de sept ans jusqu’à quinze, seize ans. On jouait à quinze contre quinze en bas au niveau du parking, il y avait rarement des voitures garées. On faisait les cages avec un pull et un poteau. Ça faisait les buts! On faisait aussi des sorties au Parc des Princes, on s’organisait entre nous, Y’ avait pas encore l’OMJA. On faisait des circuits de cross grâce aux pentes qui étaient les égouts, on voulait aussi les raser pour agrandir le terrain de foot. On faisait des parties de gammelle à quinze, vingt! Et des chasses à l’homme! Mais à partir de quinze, seize on a plus vu! Il y avait des problèmes de drogue. Des gens venaient se camer! On voyait des seringues. Mais aujourd’hui, on regrette que les jeunes de la cité ne respectent plus les grands! Nous! On disait bonjour! Même si la came a disparu, ça s’est dégradé! le chite a remplacé… deal. Il y avait aussi des arnaques y a quinze ans. Des gens qui faisaient semblant d’habiter dans la cité, passaient dans les étages. Ils descendaient en pantoufles pour faire croire qu’ils étaient des voisins dans l’immeuble. Ils proposaient tout et n’importe quoi. Les acheteurs devaient attendre la transaction au niveau des ascenseurs. Et l’arnaqueur disparaissait dans le couloir sans jamais revenir. Il s’enfuyait par les escaliers de secours du couloir. Donc de sept ans à quinze ans, c’était mes meilleurs souvenirs. Tout le monde se parlait! Puis chacun partait de son côté alors que la génération au dessus restait tous ensemble. Mais à partir de quinze ans y a plus eu ça! Chacun a fait son bonhomme de chemin. Certains ont pri la mauvaise voie. Y a des grands aussi qui faisaient des trucs de dingue, comme faire de la guitard au bord de la fenêtre au 10ème étage.”
Je lui demande de me parler de “La légende de Dédé”. Il me dit “C’est un court métrage! Mon grand frère a joué dedans. C’est l’histoire d’un chaud qui habitait sur Aubervilliers, pas forcément ici! Il avait une réputation de bandit. Tourné en bas de la cité au niveau du square par les frères Olivarès. Ils ont commencé avec une petite caméra et ils ont fini par ouvrir leur boîte de production. Ils ont fait un autre long métrage- “En attendant la neige”. Y a encore des stickers en bas collé depuis longtemps. Ça n’a pas bougé!… Vivre dans la cité, c’est l’enfer! Ils ne se respectent plus entre voisins! Ils jettent par la fenêtre! Les nouveaux voisins craquent. Qu’est ce que je pourrais dire? Avant c’était un labyrinth! Tu pouvais rentrer d’un côté et ressortir de l’autre. Maintenant une porte sur deux est ouverte.”
Il laisse un silence puis il se remémore “Il y avait des troncs d’arbres… on appelait ça les bois! C’était magnifique! On pouvait s’accrocher. Ca partait dans tous les sens! On pouvait jouer à chat dedans!”
Avant de partir, il m’écrit au recto d’une feuille de papier, la première détachée à mon cahier rouge. Celui qui m’accompagne depuis le début de cette aventure:
“Bobeker, mon frère + 2 autres de la cité ont monté un projet avec l’OMJA: créer une antenne en bas de la cité, proposer activités sportives, culturelles, créer un espace foot (actuellement le terrain de jeu qui existe)”
Au verso, il dessinera une carte mémoir du terrain de jeu de son enfance…
Sun 28 May 2006
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Un vieux voisin nous raconte qu’il est arrivé à la cité Lénine à la fin de sa construction. Il me dit qu’il y avait une passerelle à l’extremité de l’aile bleu pour accèder aux coursives. Les ascenseurs n’étaient pas prêts.
Ils étaient la première famille algérienne à emménager dans l’immeuble. Ils ont subi le racisme de la part des pieds noirs* et aussi de la première génération d’immigrés, espagnoles, portuguais, italiens. “Les algériens se faisaient attaquer! on les évitait en montant par les escaliers de secours. On parle d’intégration mais nos enfants faisaient des études mais pour remplacer les parents, la main d’oeuvre! Ils commencent à changer leur politique comme par exemple la RATP**… Avant si les gosses étaient d’un côté français et de l’autre étranger on te considérait pas comme français si tes parents n’étaient pas naturalisés. Il fallait montrer toujours différents papiers!” Sa femme arrive avec un chariot de courses et elle me dit “Je suis arrivée ici et il n’y avait pas encore de lumière. Ça me plaisait! mais plus maintenant ! Six étages à pied c’est dur! Je vis avec mon fils handicapé.”
Je décide de retourner à la laverie au moment où certains habitants viennent vider les machines. Je croise un albertivillarien qui connait le coin depuis longtemps. “Cité Lénine, c’est chaud! Je connais quelques familles… Avant la drogue! Ils ont même expulsé deux familles! A partir des 1990 c’est devenu chaud! Les années 80, c’était niquel ! La cité été construite, ça fait maximum trente-cinq ans. C’est l’éducation! les gens ont peur des représailles, qu’on casse leur voiture etc…! Trop de laissez aller! A commencer par le commissariat. Ils ne punissent pas. Il faut qu’ils bossent. Dans notre génération, on entendait un flic, on tremblait! Maintenant ils s’en foutent; Y’a pas d’éducation. J’ai des enfants. Quand y’en a un qui ramène un blouson, Tu lui demandes pas d’où il vient? Mes enfants ils s’en sont sorti! Mais certains ici, ils foutent le bordel avec des motos volés. Les gens ils veulent de l’argent facile. La cité! C’était un endroit formidable! Ils ont tout dégueulassé! dès 92, 93 cambriolages des bureaux, feux aux poubelles…! Il faudrait un bon gardien et punir les parents. C’est malheureux à dire mais Sarkozy a raison! Il y a trop de merde! Je les ai vu naître, grandir, et quand ils font des conneries je vais voir les parents! Ils disent que c’est pas leur fils! Y’en a deux qui sont mort d’overdose! Y’avait une famille qui est parti et ça va un peu mieux mais… Aubervilliers c’est surpeuplé! On ne peut pas être derrière tout le monde! La classe moyenne de Paris est venu vivre ici parce que Paris est trop cher. Mais ils vont les pousser petit à petit en grande banlieue. Aubervilliers va devenir le 21ème arrondissement de Paris! J’ai entendu dire ça il y a une dizaine d’années!”. Je demande à une habitante qui vient d’arriver si elle peut me parler de la cité Lénine mais elle me répond sur la défensive: “La cité Lénine! Je ne connais pas! C’est cité République! J’ai rien à dire! Moi je me promène dans la rue…voilà !”
A mon retour au studio, Chantal m’appelle sur le fixe “Il est important de dire que la cité a un passé respectable. Je vis dedans avec l’impression que c’est un bateau… surtout quand il y a du vent qui s’engouffre dans les fenêtres en faisant clic! clic! Pour moi, y’a pas de doute, c’est un paquebot échoué avec les cales un peu rouillées, hors normes sécurité! On est pris dans une énorme tempête. Les passagers ont le mal de mer et crient.”
A quoi pense le capitain?
*Selon le Petit Robert, le terme « Pied-Noir », utilisé comme substantif ou adjectif, désigne familièrement les Français d’Algérie, rapatriés en France à partir de 1962.
Pied-noir (plural: pieds-noirs) is a term for the former population of European descent of North Africa, especially Algeria, which was divided into three French departments until its 1962 independence. It also includes the Algerian Jewish population as well, some of whose ancestors had fled Spain after the Reconquista. Literally Pied-noir means “black foot” in French. Supposedly, one way the colonists could be distinguished from the indigenous Algerians was by the black boots that the French wore. According to most scholars, however, the term is of unknown origin. One of the most famous pieds-noirs was Albert Camus.
voir: http://www.piedsnoirs-aujourdhui.com/
voir: http://www.cadrage.net/films/cache.htm
** RATP: http://www.ratp.fr/
Sat 27 May 2006
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Vendredi 26 mai 2006
Le ciel est gris aujourd’hui comme l’air de la lune! Je me demande si les enfant ont école aujourd’hui ou s’ils font le pont. Et ils me disent “Si! Y a école et ils vont remplacer ce jeudi par samedi!”. Je vais voir au terrain de foot et il n’y a personne, sauf un sweet shirt noir avec des bandes blanches oublié là dans des pétales de fleurs mauves. Les ouvriers du chantier font le pont. Je rencontre Zohra qui va à la laverie du quartier pour laver deux Hoffs. Le lavage dure 45min. On en profite pour retourner en bas de la cité. C. revient des courses et je demande à Zohra de me la présenter.
Elle habite ici depuis six ans. Elle a connu beaucoup de quartier sur Aubervilliers mais elle regrette d’avoir atterri là . Elle parle le soninké*, me dit elle, et “Ici les locataires, on est bien , mais ici, c’est un labyrinthe. On m’a dit aussi qu’ils voulaient péter la cité! Ici y a rien! Nos enfants se tapent dessus… y a toujours des problèmes entre les noirs et les arabes. C’est des familles minimum de huit enfants mais on s’entend pas entre nous. Je regretterai d’habiter ici toute ma vie. Mon appart est propre! Tout est à moi: murs, plafonds, sol, etc… Le jour où je pars, j’arrache tout. Le plafond c’est effondré chez moi. A cause d’une fuite, tout est tombé! Je me suis battu avec le gardien pour me refaire toute l’électricité. Donc c’est soit ça ou on ne paye plus le loyer! Moi j’achète des frigos qui coûtent chers pour que ça dure longtemps! Avec une prise on doit tout alimenter! Y a six prises dans le salon! Y’en a une qui marche! Sur la multiprise il faut brancher vidéo, télé, répondeur, Noos, TPS, DVD…! Le jour où ça prend feu! Tout pète! Je te montre la cassette vidéo! J’ai filmé avant les travaux. J’ai investi chez moi! J’ai six enfants! Il faut être hygiène! Prends le sceau d’eau, la raclette! Elle montre une bouteille de savon et dit: “Ça me fait une semaine! Ici c’est dégueulasse! Je suis rentrée dans un appart pas refait et pour me faire chier ils n’ont pas fait les travaux! Je veux qu’on me change de cité. Sinon on va voir ce que je vais faire! On n’est pas des animaux! J’ai quatre garçons dans une chambre, deux filles dans une autre et lorsqu’ils vont grandir, ils ne pourront pas dormir dans la même chambre. les couloirs sont sales, je vais leur apprendre à faire le ménage comme au bled. Quand je dis aux autres de ramasser leur bouteille de sirop car ta mère peut un jour en avoir besoin! Mais ils n’écoutent pas donc la prière que tu fais elle ressort par derrière. On a une expression qui dit: “Quand tu manges, Tu t’assois pourquoi? Pour pas que ça sorte par derrière!” …Pour les charges que je ne paye pas, je suis passée au tribunal. Je leur ai dit que je vis dans l’enfer avec mon logement. Madame le juge! Venez voir comment on vit! On est les chiens d’Auber…! Ils m’ont donné raison! Moi j’ai squaté des logements à Auber! J’ai pas honte. Si les gens bougent pas, ça va devenir comme les 3000 à la Courneuve**! Tu passais dehors on t’arrachait ton sac! Mon porte monnaie c’est mon soutif!***”
C. remonte dans l’immeuble en disant q’elle nous montrera la cassette. Zohra se rappelle qu’une année à Aubervilliers, des jeunes pour 4000-5000 francs ouvraient des squates. L’OPHLM avait halluciné! Ils avaient ouvert soixante logements en un week-end. La politique d’Aubervilliers a acceuilli plein de gens. Donc il y a eu beaucoup de squates dans cette ville.
*Le soninké (également appelé sarakolé) est une langue de la famille nigéro-congolaise et du sous-groupe mandé, parlée par environ un million de personnes qui appartiennent à la communauté soninké. Sa zone d’expansion comprend les deux-tiers du Mali, le sud de la Mauritanie, une grande partie du Sénégal, le nord-ouest du Burkina Faso, une partie de la Gambie et de la Guinée-Bissau. Du fait de la tradition d’émigration pratiquée par les Soninkés, on retrouve aussi d’importantes communautés soninkés hors de l’Afrique de l’Ouest, notamment dans la région parisienne.
Le soninké possède une littérature parlée, mais peut également s’écrire en utilisant l’alphabet latin, augmenté de quelques lettres supplémentaires. Au Mali, l’orthographe latine est officielle depuis 1982.
**Un jeune à Aulnay-sous-Bois : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne”
LE MONDE | 03.11.05 | 13h05 • Mis à jour le 03.11.05 | 13h25
Les flammes s’aperçoivent à plusieurs centaines de mètres. Il est 23 h 30, ce mercredi 2 novembre, et un incendie violent embrase les locaux d’un concessionnaire automobile qui abritait plusieurs voitures neuves à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), au rond-point de l’Europe. Une centaine de pompiers s’activent à combattre le feu, sous la protection de deux compagnies de CRS. La tension reste vive, plusieurs dizaines de jeunes prennent à partie une équipe de France Télévision. La voiture de reportage est incendiée, après avoir été utilisée comme bélier contre une agence bancaire.
A l’arrivée de la police, les groupes se replient en désordre. Ne restent que quelques badauds qui assistent, silencieux, à l’intervention des pompiers. Quelques minutes plus tôt, la caserne d’Aulnay-sous-Bois, protégée par les CRS, a elle-même été visée par des jets de cailloux et de briques.
Selon plusieurs témoins, une quarantaine de jeunes, dont certains de très jeune âge, ont attaqué la concession automobile avec des cocktails Molotov, à l’origine du départ de feu. Sur place, Christian Lambert, le directeur central des CRS, demande à ce que l’on procède à des interpellations. “Ils vont très vite et sont très mobiles, ils cassent systématiquement tout et il est presque impossible de les arrêter tout de suite” , déplore un officier de la CRS 7. En Seine-Saint-Denis, 15 personnes seront interpellées dans la nuit, portant le total des arrestations à 89 en trois jours.
Des incidents sont signalés dans les Hauts-de-Seine ; des dizaines de voitures brûlées, un jet de cocktail Molotov sur le commissariat d’Antony. Six véhicules sont détruits par le feu dans le Val-d’Oise. Mais c’est en Seine-Saint-Denis que sont concentrés les faits les plus graves. A La Courneuve, “les policiers ont été visés par deux tirs à balles réelles”, indique le responsable opérationnel des CRS de la préfecture de police. A Aulnay, encore, un poste de police a été forcé et saccagé. Situé près de la cité sensible des 3000, il est fermé la nuit. Des jets de cailloux, et des affrontements sporadiques à Sevran, Bobigny, Bondy, Livry-Gargan, l’incendie d’un gymnase au Blanc-Mesnil ont été signalés. Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où la tension avait été la plus forte les nuits précédentes, comptent parmi les villes les plus calmes.
“ON SENTAIT MONTER ÇÀ”
A Aulnay, quelques jeunes des 3000 viennent dire aux journalistes qu’ils ne s’arrêteront pas, une semaine après le début des affrontements avec la police, provoqués par la mort inexpliquée de deux jeunes gens, jeudi 27 octobre, dans un transformateur de Clichy-sous-Bois. “Cela va peut-être leur faire comprendre aux gens du gouvernement”, dit l’un d’eux, tandis qu’un autre avertit : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne.”
Il est un peu plus de minuit et demi quand Nicolas Sarkozy arrive à la direction départementale de la sécurité publique à Bobigny, en provenance de l’Assemblée nationale où les députés discutaient le budget du ministère de l’intérieur. Se refusant à toute déclaration, M. Sarkozy évoque “une réunion de travail” avec le préfet, Jean-François Cordet, M. Lambert, et les responsables policiers du département. “Nous avons à faire à des bandes organisées” , a indiqué à la sortie le responsable de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis, Jacques Méric, suggérant pour la première fois une forme de concertation, et le choix préalable de cibles. Sur le terrain, un officier de CRS se montrait plus prudent : “Ils sont certainement organisés, mais on ne peut pas encore parler d’une sorte de coordination des actions.”
Le ministre fait état des notes et des statistiques des Renseignements généraux. “On sentait monter ça depuis plusieurs mois, explique M. Sarkozy. Le nombre d’incidents enregistrés à Noël 2004 et au 14-Juillet avait été alarmant.”
Comment faire face aux violences persistantes ? Le plan de lutte contre les violences urbaines, mobilisant 17 compagnies de CRS dans 17 départements sensibles est entré en vigueur, jeudi 2 novembre. A Aulnay, plusieurs officiers de CRS mobilisés dans le cadre de cette nouvelle mission critiquaient l’absence de soutien des forces de sécurité publique sur le terrain, en clair des gardiens de la paix des commissariats. Alors qu’ils intervenaient pour assister les pompiers pendant l’incendie chez le concessionnaire d’Aulnay, les CRS ont été contraints d’assurer la circulation automobile.
Au cours d’une conférence de presse improvisée, Marc Gautron, secrétaire national de l’UNSA-police, syndicat majoritaire, réclamait que “la police de proximité soit rétablie dans les cités”. “Malgré les discours d’apaisement du gouvernement, a-t-il ajouté, on constate une escalade de la violence. Il faut rétablir les polices de proximité de façon à faire de nouveau de la prévention.”
Vers 2 heures du matin, le calme était revenu dans l’ensemble du département. Un seul blessé grave était à signaler du côté des CRS, touché à la main par l’explosion d’un cocktail Molotov.
Pascal Ceaux
*** soutif = soutien-gorge.
Fri 26 May 2006
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Je décide de prendre l’ascenseur pour visiter le 14ème et le 16ème étage et j’y croise une voisine qui me dit: “Mon étage il est bien mais les autres…” Certains disent que plus on monte dans les étages et plus les lieux sont respectés en raison de l’appartement du maire adjoint qui vit là .
Je décide de redescendre par les escaliers de secours verts et j’y trouve tout en haut une baignoire planquée là comme un sarcophage.
Fri 26 May 2006
Jeudi 25 mai 2006
Elle s’appelle Xxxxx, alias la xxxx xxxx ou la xxxx blanche. Xxxx habite au 10ème aile bleu. Elle écoute comme hier de la musique malienne les fenêtres grandes ouvertes lorsque qu’elle fait le menage. Dans la cité, elle est connue parce qu’elle sait parler couramment plusieurs dialectes maliens et elle sort toujours habillée d’un boubou en tissu africain, coiffé d’un foulard on dit moussor en sénégalais et porte sur son dos un de ses enfants avec un mbotou et cela me rappelle un photo de ma mère et moi. Je me demande est ce que je finirais par la rencontrer.
Je descend en ascenseur et au 8ème étage une fille en fauteuil roulant embarque, accompagnée par ses deux frères et sa mère. Au 6ème un vieux voisin qui a une dent en or entre en disant: “Y a plus de place! On va se serrer! C’est pas de notre faute si on est gros!” On sourit.
Arrivé en bas on est relayé par ma voisine qui a l’air préssée! Elle va bientôt déménager et je lui demande si elle pourra me parler de F.. Elle me dit “aujourd’hui j’ai pas le temps alors demain peut-être!”.
Un voisin qui porte un vieux bonnet bleu arrive avec un gros berger allemand tenu en laisse. Son chien se précipite pour monter dans l’ascenseur, ses pattes patinent sur le carrelage du hall, il dit “ça suffit un peu!” je lui demande de me parler de la cité et il bégaye “Je suis là depuis 84, et je suis resté hémiplégique pendant 15ans! Avant ici c’était beau… après c’était drogue… maintenant? Plein de trucs!” Puis il monte dans l’ascenseur suivi prudemment par une voisine. La porte de l’ascenseur se referme sur ses gros yeux écarquillés. Je croise le voisin au regard bleu vif qui me demande surpris “Bah! Tu travailles toi!”. Puis il me dit qu’il a reçu un devis pour changer les roues de sa voiture et une poignée de portière. “Ils m’ont demandé 130 euros pour une poignée! J’ai dit ça va pas puis j’ai laissé tomber!” Un voisin rit et dit “Maintenant quand t’achète une poignée de voiture… ils te vendent le moteur qui va avec!”
Je fais un tour de l’immeuble du côté sud-est parce que l’article du Parisien montrait hier une photo de la façade en meilleur état. Je vois à une des fenêtres une cage à oiseau et je constate à nouveau que ce coté a injustement plus mal vieilli. Je remonte dans les étages car j’entends un bruit de ballon contre les murs. Et une fois remonté à la source du bruit, je tombe sur deux petits de sept, huit ans qui s’amusent à shooter le ballon contre le plafond du pallier… ça résonne dans tout l’immeuble. Je leurs demande d’aller jouer dehors dans le terrain et celui qui mange une glace me dit “Excusez nous monsieur! Mais on peut pas y’a les grands!” je lui dis que j’en viens et qu’il n’y a personne et que jouer ici ça dérange encore plus les grands… Ils me sourient d’un air embêté puis ils descendent.
En bas, je rencontre deux vieux copains qui discutent sur un banc. Je m’approche et leur demande s’ils peuvent me parler du coin. Celui qui a une dent en or me dit “Ici on ne réclame plus, on attends plus rien, je ne fais rien… pas de projet dans ce pays, y a rien pour nous donc, il nous reste plus qu’à terminer nos jours ou partir ailleurs; mes enfants ont grandi ici, ils ont leur bac mais on ne leur donne pas de travail alors on réclame plus… On a trop attendu”. Celui qui a un beret dit “Ici j’ai travaillé et j’étais délégué à l’usine… je vis depuis longtemps ici et maintenant ils attendent que des familles partent pour augmenter les loyers, ici y’a 263 familles, plus des studios… et quand quelqu’uns cassent ici, tout le monde paye! Je suis en colère par ce que le maire a dit… que celui qui n’est pas content va ailleurs! Ils attendent qu’on partent! L’OPHLM n’écoute pas! Il y a des familles françaises qui déménagent, malheureusement!”
Les deux enfants reviennent avec leur ballon et ils demandent au monsieur avec la dent en or “Tu as fait la guerre? Toi! Et t’as vu les allemands aussi? Moi mon grand-père il a fait la guerre à sept ans!” Le vieux monsieur avec une dent en or rit et lui explique en arabe ce qu’il a vécu tout en plaisantant. Puis les enfants leurs demandent un euro pour acheter des bonbons et ils chahutent autour d’eux pour leurs piquer une pièce, peu importe la taille, de leurs poches. Ils jouent puis il leur donne une pièce de cinquante centimes d’euros. Les deux copains rentrent et les deux petits vont acheter des bonbons à la station d’essence. Dans cette excitation il y a un des petits qui perche son ballon dans la coursive et il me dit: “Les gardiens! Ils voudront pas nous ouvrir!à” Ils disparaîssent rapidemment au coin de l’immeuble pour chercher d’autres jeux et d’autres histoires.
J’ai rendez-vous à 14h avec un voisin au 12ème aile bleu. Et lorsque j’arrive, ça sent encore une bonne odeur de poisson. Il m’installe dans un confortable canapé et il me dit en gardant un oeil sur le reportage télé: “Avant ici il y avait une grande salle de cérémonie en bas, avant que certaines personnes ne sèment la pagaille! Ça a été supprimé! Sinon je peux vous dire qu’au départ, là ou se trouvent le batiments, c’était une ancienne usine! Y a pas grand chose à dire! Ici la plupart sont des ouvriers. Il y a des periodes avec les gens où on est pas tranquille. Ils cassent tout. On fait souvent des réunions pour signaler ce qu’il y a à améliorer. Ici c’est bien! Les maison en duplex, on n’est pas géné par les voisins en tout cas au 12èmé c’est bien on est en haut! Il parait que certains jeunes cassent tout, comme dans les autres cités. Mais cette cité est agréable à vivre à mon niveau pas de problème. Mais tel que le batîment est fait! J’aurais préféré quatre batîments séparés! Ca serait mieux! Imaginez les ascenseurs lorsqu’ils sont en panne au moment de la sortie de l’école, le nombre de personnes dans le hall. C’était sans doute pas mal dans les années 70 mais aujourd’hui… Quand y a du bruit, on peut pas savoir d’où vient le bruit. Il faut dire si, il y a des choses à améliorer ici, mais qu’on a pas de problème avec les jeunes personnellement. Mais il y a un problème dans les parties communes. J’habite ici depuis 1970, j’ai quatre enfants et on a jamais eu de problème. Je ne peux pas me plaindre. Les gens ici, ça vient, ça part! Il y a beaucoup de gens qui sont des camarades, ils ont leur carte au PC. En dessous, Il y a plus d’appartements donc ça bouge plus!
On est bien desservi ici, il y a le lycée Henri Vallon, le lycée professionnel Jean-Pierre Timbault, on est à 300m du métro, on est bien placé! Y a peu de chose à améliorer mais rien n’est fait! Si vous voulez vous pouvez rencontrer un copain au 4ème! Mais je dois partir!” Je me lève et sur le pas de la porte il me demande si je suis née ici et il me dit qu’il va retourner au Sénégal pour visiter Saint-Louis car il a adoré ce pays.
A 15h je rejoinds C. qui elle aussi se réveille d’une petite sieste. Elle m’invite pour boire un café et me dit “Quoi dire?” Je lui dis que je trouve cela parlant puis elle dit après avoir servi le café: “Je considère cette cité comme une ville dans la ville! Il y a plein de gens différents avec des idées politiques différentes dans 300 appartements donc forcément les problèmes se règlent moins facilement. On est tous des gens avec peu de moyens. Ça soulève un problème. Le monde bouge. La cité a été construite y a longtemps mais y a pas si longtemps en même temps. Les problèmes changent. On ne les gère pas de la façon dont on devrait les gérer. C’est comme une ville, un village. L’ambiance de violence n’est pas drôle en ce moment. Crise! Mais crise du monde dans lequel on est! Les problèmes ici prennent une grande ampleur… Cette cité a été construite dans un but de nouveauté! Il faut qu’elle redevienne un exemple de grand ensemble où les gens peuvent vivre de façon harmonieuse. Les rêves existent! On est tous responsables de là où l’on vit. On vit avec les autres! 300 apparts…c’est difficile! Mais enfin bon! Il faut que les esprits changent! Il faut que tu interroges des personnes âgées et des jeunes. C’est ça l’histoire! Enfin la décision de s’occuper des ascenseurs a été prise! Il faudrait arriver à restaurer un patrimoine de vie, de tolérance, de partage des idéaux, de joie, de fête, sourir…voilà ! Mais malheureusement ça appartient aussi aux politiques! A chacun de s’interroger sur ce qu’il est sans se replier sur soi! Il faut que les gens se réveillent!”
Au 10ème je croise des voisins de mon âge et on discute un peu. Ils m’expliquent qu’avant on pouvait aller partout, en bas de l’immeuble tout était ouvert. Cette immeuble a été construit comme une fourmilière et qu’il y a trop de personne qui passe par le même endroit… Mais il y a eu une bonne époque! Mais nous, on a tout essayé pour avoir un locale mais à chaque fois on nous le retirait. On allait même en réunion pour en discuter jusqu’au moment où on a bien compris que ça servait à rien! Maintenant il veulent nous donner un locale mais qu’est ce qu’on va faire…on est trop vieux maintenant! On nous met sur le dos tout et n’importe quoi ça n’a pas de sens! Tu crois qu’on va pisser dans les escaliers!? On habite ici!”
Puis un autre me dit qu’il a joué dans un film tourné ici qui s’appelle la légende de DD. On discutera un long moment avant de rentrer.
Je reçois un coup de téléphone de C. qui me dit “Cette cité a besoin d’une réhabilitation urgente!”
Thu 25 May 2006
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Mercredi 24 mai 2006
gallery of images 24 mai
A ma grande surprise, les deux arbres ont été coupés en bas de la cité. Et du même balcon, on peut maintenant voir le dessin tracé par le passage de la tondeuse à gazon. Au niveau de l’entrée parking ils sont en train de repeindre le locale à ordure qui avait brûlé. Je descend pour faire une visite avec un des gardiens de la cité. Il me réexplique qu’on y accède par l’entrée principale et que pour un hall il y a quatre adresses différentes 62,64,66,68 de l’avenue République. On visite au sous-sol des boxes de parking. Il dit “On dirait une prison!” Ensuite on remonte pour faire un tour dans les étages, escorté dans l’ascenseur par des moutisques. Il dit en brassant l’air “Putain! Ceux là , ils piquent! L’autre jour je suis descendu en tee -shirt et ils m’ont pas loupé!”
Tout en haut, une personne passe la brosseuse et il m’explique que les derniers étages sont en meilleur état et qu’à partir du 10ème ça se dégrade jusqu’en bas. Au pied de l’immeuble, il y a différents bureaux: secteur emploi, AMANA, un architecte, CEMEA, ASTS et l’annexe de la mairie en construction. J’aperçois dans ce chantier une fresque faite à l’époque de GRETAFORME. “Ici il faisait aussi du soutient scolaire!” m’avait dit l’ancien habitant. Je termine ma visite par la loge et je vois toute l’équipe des gardiens. Ils me conseillent de faire: soit du porte à porte pour rencontrer les habitants “Ils auront plus de facilité à parler! Ils ne parleront pas dans le hall! Y’en a qui ose pas approcher!”, soit de laisser une affiche dans le hall, mais “Y a ceux qui rentrent par le parking!” et le gardien aux joues creuses qui me conseille de mettre “une chaise au pied des ascenseurs ou encore mieux dans l’ascenseur… car ils ne s’arrêtent pas!” Ils rient.
Un voisin entre dans la loge pour demander qu’on lui prête une pince car son lavabo est bouché. Il demande au même gardien “Mais qu’est ce que tu as aux joues?” il répond: “Rien! c’est les femmes!” Rapidement, je sors de la loge pour retenir un fou rire.
Dans le hall, je tombe sur une foule d’habitants. Certains retirent leur courrier, d’autres discutent comme Zohra et Michelle qui sont là aussi, et je remarque le voisin à la barbe bien taillée qui récolle une étiquette à sa boîte aux lettres, à qui je demande: “Quand est ce qu’on commence le livre?” Il répond surpris “AH! Non! Non! Moi j’aurais dû faire un livre il y a bien longtemps d’ça, si j’avais noté à chaque fois et au fur et à mesure chaque détail! Alors si tu réussis le livre, il faudra en faire un film et alors je te donnerais le titre…!” Zohra intervient et dit “Tu donnerais quoi comme titre?” Michelle s’exclame en riant “Les annés folles!”
Puis un ouvrier sort de l’ascenseur avec dans un caddie, un lavabo et une toilette. Il tente de se faufiler dans le hall jusqu’à la potre. Zohra m’explique qu’il sont en train de retaper deux appartements dont un a totalement brûlé et l’autre où quelqu’un vient de déménager. Zohra décide de me faire visiter l’appartement carbonisé au 6ème aile verte. En traversant le couloir, elle me dit que certains égayent les couloirs avec des plantes et avant il y avait même une voisine qui se faisait piquer ses nains de jardin. Nous demandons à une voisine de nous indiquer la porte de l’appartement brûlé. Elle nous dit qu’il n’y a personne et en profite pour nous montrer la chambre de son fils sans fenêtre depuis l’intervention des pompiers. Elle dit “les pompiers se sont trompés d’appartement au moment de l’incendie! Ils ont cassés cette fenêtre!” Elle nous montre une fenêtre de fortune, en carton. Elle attend depuis un mois une réponse de l’OPHLM. Il fait froid.
Zohra me montre que les vides ordures ont été condamnés parce que les déchets étaient jetés directement sans sac poubelle. Et maintenant certains laissent leurs poubelles dans les escaliers de secours et lorsque les ascenseurs sont en panne c’est pire “Ils balancent les sacs n’importe comment!” On croise le balayeur qui nous explique qu’il a quatre heures pour faire tous les étages, donc une heure pour faire une aile et ses dix-sept étages. “C’est impossible!” dit la voisine scandalisée. Elle dit aussi que des voisins auraient vu des gros rats et que c ‘est peut-être pour ça qu’ils ont peur d’entrer dans le locale poubelle. Zohra me montre des fissures bien visibles dans la structure et me dit que quand ils vont commencer les travaux, ils vont s’apercevoir que ça va leur coûter plus cher. Je lui demande pourquoi les gens ont peur de parler ici, elle me répond “A l’époque de la génération de mes parents, ils avaient peur de parler pour ne pas se faire remarquer. Ils voulaient rester discrets par qu’ils étaient des immigrés! Mais aujourd’hui moi je me sens citoyenne française! et…. Il faut connaitre le passé des gens pour comprendre leur façon de vivre et moi quand je vois un jeune en difficulté… je me dis que ça peut être mon fils… ou une femme qui à des problèmes…que ça peut être moi!”
Wed 24 May 2006
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Mardi 23 mai 2006

Mon téléphone portable me réveille à 8h par une étrange sonnerie qui fait “toc! toc! toc! anyboby therrrrr?” Ce portable, c’est un vrai bijou multimédia! Et ici il m’est bien utile pour entreprendre mon reportage à la cité! Il fait photo, vidéo, son, radio, et plein d’autres options plus ou moins mises à la portée d’un consommateur averti parfois en mal de sensations. Hier soir, je n’ai pas pri le soin de le paramètrer correctement et c’est lui incarnant la puissance commerciale qui me réveille malgré moi sur notre époque technologique.
Serge, un ami, frappe à son tour à la porte pour me rendre visite. On discute du projet puis de cette nouvelle forme de barbarie dont on parle dans les journaux que “certains jeunes” emploient pour échapper à leur propre image de victime. Il me dit que maintenant que certains agresseurs filment leurs actes: viols, lynchages… ou télécharge des films de torture sur internet etc… ils rigolent de leur propre cruauté, parce que la victime… C’est l’autre! Moi je lui réponds que l’on joue à se faire peur jusqu’au moment où on ne joue plus. Comme si la peur, la méchanceté, une fois apprivoisées, devenaient un lieu de complaisance et d’autoexcitation! Il me dit que c’est “la barbarie!” et que l’on existe en groupe car c’est la loi du plus fort!
Après un café que je lui avais réchauffé au micro-onde brûlant, il repart. Je me dis qu’à 11h j’aurais plus de chance de rencontrer les gardiens car ils sont moins occupés. Je regarde en bas de la cité par la balcon, j’entends un air de musique africaine peut-être du Mali et j’apercois à sa fenêtre vêtu d’un grand boubou celle que l’on surnomme “L.N.B”.
Dans la loge je croise la vieille voisine et elle me dit “Mais qu’est ce que tu recherches exactement au lieu de tourner depuis hier autour du pot et de noter je ne sais quoi, au lieu de noter tout ce que l’on te raconte… tu n’as qu’à aller à la mairie parce que si c’est pour noter des histoires qui sont fausses la plupart des gens ne connaissent pas l’histoire d’Aubervilliers, ils sont récent ici… et ils vont parler que des problèmes alors que pour certains ils n’étaient même pas nées, on peut pas discuter comme ça… c’est un projet de quoi…? Les gens ici se regardent comme des chiens de faïence!” Une voisine qui trie son courrier dit discrètement: “On a rien à dire; Il faut nous comprendre!” la gardienne me conseille de lire le journal de l’OPHLM d’Aubervilliers si je veux des infos, elle m’en donne un exemplaire et dit à la vieille voisine: “les gens raconteront n’importe quoi et tu liras son journal et tu diras ce qui est vrai! Voilà !”. La vieille voisine reprend: “A une époque je me suis occupé de faire des choses ici… buffet campagnard mais après y a plus personne… alors si vous voulez des infos demandez au plus âgés… Moi je me sens chez moi ici en famille et si vous vous intéressez à cette cité parce qu’elle est abimée… qu’est ce que vous croyez! On va se relever et ça sert à rien votre truc et ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir et laisser la place à ceux qui ont un réel besoin de logement.” Elle souffle un silence puis: “c’est pas la peine d’écouter n’importe qui… cette cité elle s’appelle cité République et elle n’a jamais été inaugurée cité Lénine à cause des évènements” elle passe la porte de la loge. Je me tourne vers un des gardiens, celui aux joues creuses qui me dit blasé: “Moi c’est pas ma cité! Je reste à l’écoute! Je suis pas là pour parler! Chui là pour faire mes huit heures…c’est tout! Chui là pour ma journée de travail.” La vieille voisine revient pour montrer un article sur la cité Lénine paru dans le Parisien titré: “A la cité Lénine, les habitants se sentent abandonnés” Je reconnais Chantal qui est “le témoin du jour” à côté de sa photo il est écrit “Tout le monde craint le jour où il y aura un drame”
Je redescend à la loge, toujours éclairée par plusieurs néons et où on entend le tic tac d’une horlorge où je lis 16h20. Sur le comptoir réposent deux faux bouquets de fleurs fraichement arrosés par des gouttes d’eau en plastique. Sur des affiches je lis “ensemble contre le précarité; porte ouverte dans la serre; retour de Boully”. Au centre un biblot au paysage pittoresque et en dessous le le gardien aux joues creuses qui m’acceuille par: “Tu laches pas l’affaire!” Puis il appelle un collègue en disant: “Viens faire un interview avec une jolie photo…!” Une voisine entre dans la loge pour se plaindre des gamins qui arrachent les noms aux boites aux lettres.
Puis le collègue me propose de faire une visite de l’immeuble demain à vers 11h.
En remontant dans les étages je croise Michelle qui va rendre visite à Oria. Dans les couloirs je salue des jeunes habitants qui discutent entre potes. Je leur parle du projet et il sont intéressés mais il ne veulent pas avoir à faire à certaines personnes parce qu’elles leurs collent une mauvaise image, injuste et inffondée. “Ils sont mauvais et nous rendent mauvais!… Alors il ne faut pas essayer de nous réunir parce qu’ il y a des choses qui ont été faites et dites et il y a des “non retours!” Il y a aussi une vrai hypocrisie entre les voisins: “Si on te raconte que F. est parti à cause de nous c’est faux! Il est parti parce qu’il voulait voir autre chose… au début il avait lui aussi des préjugés et après il nous a traité comme ses fils! Maintenant il n’y a plus personne ici!”
Arrivée chez Oria elle lit le journal puis dit “Abandonnés! Mais personne n’a rien fait, les locataires râlent mais font rien, ils entendent un bruit et il râlent qu’ils attendent la réhabilitation et puis on attaque l’association… Mais remettez vous en cause, c’est la faute des autres toujours… A chaque fois ils attendent. Ils ne veulent pas aller voir l’OPHLM mais qu’est ce qu’on râle! Agis si t’en a marre! mais quand on veut aider il n’y a plus personne. C’est la cité Lénine! Il faut trouver ce qu’il ne va pas chez les locataires. Si la cité elle est comme ça! C’est eux qui l’ont rendu comme ça! On dirait qu’il y a la mafia à l’époque d’Al Capone! Ici en voyant un squate au 10ème, il vaut mieux rester chez soi sinon tous ces jeunes allaient les bastonner. Et les adultes mettent les problèmes sur les jeunes… Ici ils regardent trop la télé. Ils ont peur en voyant un groupe de jeunes alors qu’ils sont là pour discuter entre eux. Le conflit entre génération a commencé ici quand les gens se sont fait des films tout seuls! Y a jamais rien eu ici sauf un accident en trent-cinq ans. Ici c’est tranquil, mais un locataire a parlé au journalistes et ils ont exagéré les faits en employant guerre des gangs, bronx, ghetto… Les jeunes les ont rejetés ce qui est normal! On aimerait que des associations proposent des chose à nos jeunes!”
En sortant de chez Oria je décide de contacter un ancien habitant qui connais bien la cité Lénine, ici on lui fait confiance. On se donne rendez vous au 10ème pour refaire les présentations. On décide de se voir un peu plus tard dans la semaine et il y en a un qui me dit “t’inquiète pas on va te ramener des petits de la cité y a que ça ici et il faut faire des projets!” L’ancien habitant me dira “Il dit des petits… sous-entendu: je suis adulte, mais il viendra aussi au projet…” Il me quitte en me donnant des conseils, il en profite pour me raconter son enfance passée ici à la cité Lénine, le square en pente à côté du terrain de foot où on imagine qu’il y a quelque chose entérré sous la dalle, l’ancien locale de réception ou des gens se sont mariés mais maintenant protégé par une grille, la céllule Lénine ou se réunissait le PC et il ajoute que le petit terrain de foot a été construit par les jeunes de la cité qui ont tous grandi ici. C’est pour eux une vrai revendication au nom de la jeunesse!
Tue 23 May 2006
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galerie de graffitis Cité Lénine
Je commence par les escaliers du côté rouge. J’y découvre une immense galerie de graffitis comme espace d’expression de colère après la mort d’un pote, de noms signés s’appropriant les lieux, d’ennui,de frustration et d’amour aussi (big tête on t’aime).
Tue 23 May 2006
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Lundi 22 mai 2006
Comme un lundi, je vois de ma fenêtre le 150 puis le 170 qui roule en direction du métro Aubervilliers- Quatres Chemins ligne7. Ils passent régulièrement et à n’importe quelle heure ils sont toujours plein à craquer. La pluspart des passagers travaillent sur Paris.
Une couette blanche déborde d’une des fenêtres de la cité. Elle est imprimée de différents modèles de motos et de toutes les couleurs. En dessous, je vois une femme avec un tablier blanc,un foulard et des gants rouges qui passe le balais. J’entends de l’autre coté de l’appartement le moteur d’une tronçonneuse. Du balcon, J’aperçois des jardiniers qui débitent de grosses branches arrachées par le vent ce week end.
Dans le hall je rencontre des techniciens qui réparent les ascenseurs, un voisin qui discute avec le facteur, une mère tenant une poussette qui attends de prendre l’ascenseur. Elle me reconnait puis elle me fait rappeler que c’est Z. qui me l’avait présentée samedi 13 mai. Elle pousse la porte des escaliers en disant que ça sent toujours mauvais: “on dirait que quelqu’un a fait ses besoins!” Et je confirme que ça sent l’urine. Elle demande comment s’est déroulé ma première semaine. Je lui réponds que j’ai du mal à rencontrer les gens. Elle me dit en regardant dans la direction des ascenseurs: “Les gens! Toujours à la bourre ici!”
J’observe les habitants qui sortent de l’ascenseur avec souvent un sac poubelle à la main.
Un voisin à la barbe bien taillé me regarde en train de prendre des notes dans mon petit cahier rouge. je lui dis que cherche des infos sur la cité pour faire un livre et il me réponds: “Un livre sur la cité! J’aurais dû le faire depuis longtemps!” je lui dis qu’il n’est pas trop tard et il me répond méfiant “Non! Non! Pas moi si vous cherchez quelqu’un! Vous pouvez demander des infos à l’adjoint du maire qui lui habite au 14ème, il sait tout ce qu’il se passe ici, il monte même les quatorzes étages à pied quand l’ascenseur est en panne! Moi je ne veux pas parler”. Il fait un tour sur lui même et me montre le tableau. Il y a un locataire qui a fait une démarche auprès du maire pour demander plus de sécurité dans la cité. Puis il s’en va les mains dans les poches sans vouloir m’en dire plus.
Je m’adresse à un autre locataire vêtu d’une grande redingote, il me dit: “Ici c’est pas la bonne cité pour faire un projet, c’est la merde!” puis rejoint par sa femme qui vient de récupérer le courrier, ils s’en vont, préssés. Un homme en bleu balaye les escaliers. Une femme sort de l’ascenseur avec deux enfants d’environ quatre ans. L’un a une cagoule rouge et l’autre blanche.
Je décide de prendre l’ascenseur pour visiter le 14ème et le 16ème étage et j’y croise une voisine qui me dit: “Mon étage il est bien mais les autres…” Certains disent que plus on monte dans les étages et plus les lieux sont respectés en raison de l’appartement du maire adjoint qui vit là .
Je décide de redescendre par les escaliers de secours verts et j’y trouve tout en haut une baignoire planquée là comme un sarcophage.
De nouveau en bas, je croise Z., O., M. et qui me présentent à S. une habitante qui a grandi là .
Une ancienne habitante traverse le hall, elle fait partie de la famille de S.. Elle habite aux Francs Moisins. Elle dit en rigolant: “Avant c’était la classe, on était jeune mais on écrivait pas sur les murs! Aux Francs Moisins c’est quatre étoiles!” S. ajoute: “La came tournait mais y avait pas de problème, y avait une bonne ambiance… on réglait les problèmes en famille sans l’aide de la police et on respectaient les personnes âgées!” Z. rit et dit: “Y avait même un gardien, B., qui lachait son gros chien et tous se tenaient bien sage! Mais en ce moment y a des tensions entre adultes et jeunes parceque l’office HLM dit pour se déresponsabiliser que les problèmes; c’est la faute des jeunes”. Puis elle ajoute: “Les problèmes ont changé: chomâge, beaucoup d’enfants en bas âge, pas de respect, beaucoup de va et vient… la cité a besoin de plus d’attention! Mais regarde! l’école maternelle en construction, en face sur l’autre trottoir! Tous les enfants de la cité sont changés de secteur à cause de cette école! Et ça va figer la population! C’est comme Sarko! C’est un dictateur!”
Elle regarde dehors et dit: “Où il y a de la verdure ici? Il n’y a que du beton ici! Avant il y avait GRETAGEFORME ici! Il y avait toutes sortes de formation maths, francais, bio, préparation au concours de la fonction publique etc… Ca faisait un mélange dans le quartier!”
La gardienne est en train de distribuer le courrier. Z. dit: “C’est pas son boulot! Mais comme les jeunes arrachent les étiquettes ou mettent du tipex sur les noms, le facteur en remplacement, est obligé de laisser le courrier à la loge!” Une voisine récupère son courrier et elle offre une de ses roses à Z..
Il y a de plus en plus de personnes qui attendent dans le hall. C’est l’heure d’affluence.
Un technicien dit à une vielle voisine: “on est souvent là et aujourd’hui vous avez quatre ascenseurs jusqu’à ce soir” Une femme âgée répond “Restez là ! Il faut expliquer au gens comment il faut prendre l’ascenseur! Sinon il tombe en panne!” Je lui demande si elle peut me parler de la cité. Elle me répond: “Ici c’est pas une référence! attendez la réhabilitation avant de faire un projet!” Une jeune voisine avec une veste blanche et un pantalon noir ajoute: “Les travaux, c’est chiant ! ma fenêtre est juste en haut! En plus y a des courants d’air alors mon papa a bouché les bouches d’aération… il fait froid!” La vielle voisine dit que beaucoup le font mais c’est interdit.
Je lui demande pourquoi Lénine. Elle me reprend “La cité n’a jamais été inaugurée, moi je l’appelle Cité République…dans les papiers!” la jeune jeune dit: “Il parait que c’était un cimetière avant” et la vielle voisine, surprise: “Ça va pas! Avant c’était un lycée! Il faut pas écouter ce que l’on raconte”. La jeune voisine rit: “Les flics l’appellent la cité dromadaire, mais quand on regarde du haut, j’ai regardé par internet ça fait une croix donc c’est comme un cimetière!” la vieille voisine s’inquiète: “N’écoute pas les autres! Il faut n’avoir confiance qu’en soi-même! J’ai vécu! Si tu veux des infos tu vas au cadastre…” et la jeune fille : “Moi j’men fou j’ai mon lit…!” Je leur parle de la statue Lénine qui devait être posée là haut. La vielle voisine, agacée “Il n’y a jamais eu de statue de Lénine ici ni de photos!” la jeune voisine “Une statue sur le toit, impossible à cause des barbecues en terrasse, sur les toits, ils montent j’sais pas comment! Alors elle ne serait pas restée!”
Une femme se précipite avec ses enfants pour prendre l’ascenseur, une fille tombe et commence à pleurer. La jeune voisine dit: “Je comprends pas, au lieu de s’occuper de ses enfants, elle courre pour l’ascenseur!” la vieille voisine lui dit: “C’est bientot l’heure de pointe donc tu devrais prendre l’ascenseur maintenant avant les autres!”
Dans l’après midi O. et M. me rendent visite pour prendre un café et discuter.
Elles abordent le problème du bruit causé par des jeunes qui squatent au 10ème étage. O. dit “C’est devenu leur locale! Le lieu de rencontre de tout Aubervilliers, parfois il sont une vingtaine et beaucoup n’habitent pas ici! C’est leur locale, ils mangent, ils laissent tout trainer… ils ne sont même plus intéressés par un locale! Ils ont l’étage… Il faut faire quelque chose , c’est nuisible jusqu’à 4h! Tant que la réhabilitation ne sera pas faite… les élus , le commissariat, personne n’intervient! Ils ont ouvert la porte de l’ascenseur!” M. dit: “Ce matin j’ai balayé et j’ai attendu une heure avant que quelqu’un répare l’ascenseur! Il y avait des bouteilles de Fanta à moitié pleines.” M. dit “Tant que la réhabilitation ne sera pas faite… ca limitera les entrées! Il faut râler pour tout comme pour changer les disjoncteurs aux normes… Y a des étincelles qui sortent du compteur. Je me suis battu pendant un mois pour avoir un disjoncteur aux normes! Depuis l’association Bonjour voisin, ça bouge parce qu’on râle! Les locataires se manifestent. C’est pas grand chose ce qu’il y a, mais déjà il y a une écoute. On aimerait obtenir un nettoyage correct! La société de nettoyage I.S.S. doit tenir son cahier des charges! C’est lamentable! Pas de contrôle donc on fait ce que l’on veut. Les locataires ne râlent pas, il s’enferment dans la loge pour ne pas blésser les gardiens. Les gardiens font leur boulot mais normalement il doivent nettoyer les boites aux lettres, vérifier les poubelles dans les escaliers… Avant avec B., son chien et J. L. c’était génial, c’était propre, ils vivaient ici, la loge était ouverte. Et c’était censé être pire qu’ici, tout était ouvert un vrai gruyère. Les gamins s’inventaient des jeux.On jouait dans la cité. C’était toujours propre. Maintenant un vrai laisser-aller! A partir du 14ème, 15ème, 16ème étages le nettoyage est correct car moins de locataires, moins de passage donc moins de dégradation. Avant ils décapaient en passant la cireuse mais plus aujourd’hui. Donc après le lino s’éffrite et s’abîme; On devrait le faire à leur place pour leur montrer comment faire. Ils ont le materiel mais l’office HLM demande un décapage sans cirage.C’est à dire comme dans les autres cités. Mais c’est ni fait ni à faire! On est abandonné! Par les élus, le commisariat, personne n’intervient! L’autre soir quelqu’un écoutait de la musique à 4h du matin. Je sonne à sa porte. Personne n’ouvre alors on appelle les flics sur leur portable pour les joindre plus rapidement mais personne ne répond même si on laisse un message, ils rappellent pas. Mais sinon ils donnent des excuses en nous disant qu’ils attendent la voiture…Le maire ne nous répond pas à notre courrier à propos de l’incendie, l’innondation, la sécurité de la cité…pendant plusieurs jours on est resté tout seules sans éléctricité dans les parties communes, sans eau chaude… Personne n’est venu! Les pompiers ils arrosent, ils laissent la flotte, ils cassent et ils laissent comme ça! Le hall étaient innondé! Les locataires ont épongé avec des journeaux! Une saleté, on avait jamais vu ça…C’était indecent! Personne nous répond surtout pendant les vacances et le week-end! Le week-end! On vit pas on meurt. Tout le monde hiberne le week-end” O. reprend: “Les pompiers ont bloqué les gens dehors jusqu’à 3h du matin! L’accès de l’immeuble était bloqué et puis après il fallait monter les escaliers dans le noir… ils nous conseillaient de nous éclairer avec nos portables. En France il y a trop d’abus de pouvoir. On te donne une petite responsabilité et ça y est! Pendant quatre jours, une vieille dame était condamné à rester à la maison. J’avais aussi croisé une vieille dame qui montait les escaliers et qui me demandait à quelle étage on était… Elle n’en pouvait plus. J’ai de la chance que mes parents ne soient pas là . C’est pas la peine! Ils meurent. Mon père a déjà du mal à se porter tout seul. C’est un gamin de la cité qui l’ a porté un jour sinon il restait en bas, assis dans le hall. La mentalité a changé, les cas sociaux qui manifestaient à la mairie sont ici, beaucoup de relogement de La Courneuve ici, les expulsées ici, sans papiers ici et après ici ça devient le ghetto! à Firman Gemier il y a une selection des locataires, pourtant les appartements sont pas terribles! Ici c’est tous les rebus de la société. Il y a des locataires qui ont emmenagé et qui sont repartis de suite. Il faut arrêter de dire que c’est équilibré, sur Paris il y a 2% de logements sociaux et ici c’est 60% de logements sociaux, concentrés au sud de la banlieue nord de Paris! Et après on dit 9-3! 9-3! 9-3!”.
Je lui demande où travaillent les habitants. Elle me répond: “Les gens travaillent sur Paris souvent. Il y a de plus en plus de femmes qui travaillent, elles ont moins de contraintes parce que les enfants ont grandi. Il y a beaucoup de jeunes au chômage. Les habitants d’Aubervilliers ne travaillent pas sur Aubervilliers sauf les gens de la mairie. Les sociétés employent des gens qui habitent je ne sais où… Après le travail monter les étages à pied! On veut arrêter de payer les charges et on nous repond de ne pas faire justice nous mêmes, sinon on aura des problèmes. On apelle le C.N.L. pour avoir un soutien juridique. Ils vérifient les comptes pour faire la balance… Les ascenseurs ont été changés pour les mettre aux normes alors qu’ils marchaient très bien, jamais de panne, mais l’ancien président de l’office HLM a détourné des fonds pour nous mettre ces merdes d’ascenseurs. Celle qui attribuait les logements à l’époque choisissait que des blonds aux yeux bleus, elle ne voulait pas d’arabes et de noirs ici. Y a vingt ans aucun arabe n’avait de logement ici. Après leur départ la politique a changé maintenant on prend tout. On mets que des arabes ensemble, tous les commoriens ensemble, etc et ils se débrouillent… Et ils vivent comme au pays. Ils sont dépassés, ils s’enferment chez eux et si on frappe chez eux, ils ont peur. Les gamins grandissent dans la rue. Mon voisin est commorien, ils ont hébergé deux autres familles, ils sont discrets mais ils ont des traditions. Ils choisissent une personne par mois chargé de collecter une certaine somme, ils se réunissent à plus de cinquante… En société, il faut respecter l’autre. Il y a encore la n. b. qui va les voir pour chercher à manger. Nous, on subit ça. Moi aussi, j’ai des traditions mais si tout le monde fait ça, on ne peut pas vivre. Le gouvernement a construit ces cités pour nous parquer tous ensemble. Ils disent le contraire mais comme par hasard, c’est là où il y a toute cette concentration d’immigration qu’on nous laisse le minimum… mais il faut payer!. Ils pardonnent pas les retards de loyer!. Les assistantes sociales n’ont plus de pouvoir… on ne sait pas pourquoi. Les gens veulent du pouvoir pour avoir une garantie d’une vie correcte parce que quand on a le pouvoir on en abuse! C’est celui qui est derrière le guichet qui a le pouvoir. Au commissariat il ne voulait pas me faire de passeport. Il l’ont fait après deux jours de bataille. Mon fils est resté apatride pendant deux jours. Et aujourd’hui il veut se marier mais il n’a pas eu de date car il doit attendre une enquête pour obtenir une convocation pour fixer la date afin de publier les bancs. Des cas comme ça j’en ai à la pelle! C’est se foutre de nous! Les mômes voient leur parents qui en ont ras-le-bol et qui ne disent rien. Si tu râle on s’occupe pas de toi! Novembre 2005 c’est une accumulation de tout ça! L’administration doit arrêter de prendre les gens de haut. C’est la personne derrière le comptoir qui fait la loi! Elle sait mieux que toi! l’autre fois mon fils sort de la cité avec son copain et en voyant passer le bus ils courent après lui. Ils se font arrêter sur le trottoir par les flics pour un délit de faciès. On est humilié au quotidient. L’office HLM ne dit rien, elle laisse pourrir et elle prend ce qu’elle veut. Elle pique tout parce que personne ne revendique rien! Les immigrés ne disent rien parce qu’ils ont galéré pour être logés.L ’immigré est humilié au quotidient par les fonctionnaires. C’est la gestapo! On comprend pourquoi Le Pen est passé! Ils profitent de leur silence pour mieux vivre leur travail. Ici je crois que beaucoup de locateurs ont trouvé leur interêt dans tout ça et ne disent plus rien. Ils se sentent bien dans leurs appartements! Beaucoup restent chez eux pour ne pas se faire remarquer! Y en a beaucoup qui ont modifié leurs logements en secret.” M. rit et dit: “Y en a un qui a fait une ouverture avec des volets battants comme dans les westerns!”. O. dit “Certaines cloisons sont en bois, on les retire facilement. En même temps c’est pas plus mal parce qu’elles prennent feu rapidement! Au 6ème, un appartement a brulé en un heure! Ici on fait ce que l’on veut car les locataires ne disent rien. On est les oubliés d’Aubervilliers! Sauf pour les loyers!”
Mon 22 May 2006
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Dimanche 21 mai 2006
Le vent est tombé pendant la nuit, mais il reste encore dans l’air suspendu de ce dimanche des particules de pollen. Dehors j’aperçois mes voisins qui rentrent rapidement avant une nouvelle averse. Je vois une femme qui coiffe ses cheveux blonds décolorés à sa fenêtre et quelques étages plus bas un jeune habitant qui siffle pour appeler un copain qui traverse le parking. Deux frère et soeur discutent avec des voisins eux aussi à leur fenêtre en face située à quelques mètres plus bas dans la même aile que moi. Je me penche, mais ne les vois pas. Haut dessus d’eux un homme fume une cigarette en regardant en bas, pas loin un jeune homme torse nu est au téléphone, il a un bandage à la main.
Je regarde attentivement la constellation de rideaux pour y trouver une autre trace de vie comme certains la cherchent dans notre univers et j’attends mon propre étonnement jusqu’à finalement me décider à partir en expédition dans les quatres escaliers de secours de chaque aile.
Au 10ème, je croise un gamin qui attend l’ascenseur pour descendre de grosses poubelles. Je lui dis que les ascenseurs sont en panne. Il me dit “ils sont en panne!” avant de prendre les escaliers.
Une femme avec une veste en cuire tenant une baguette de pain à la main arrive par les escaliers et me fait remarquer que la porte de l’ascenseur est ouverte sur le vide: “Ils sont fous de tout casser, si un gamin passe par ici et qu’il tombe…il meurt!”… En essayant de forcer la fermeture de la porte, elle me dit: “faites attention qu’elle ne reste pas coincée entre vos mains! Normalement quelqu’un a prévenu les techniciens!”
Dans le couloir rouge au 8ème, je croise un jeune homme qui sort de chez lui avec à la main une tasse et qui écoute de la musique. Je lui demande si on peut prendre les escaliers de secours jusqu’au 10ème et il me répond: “Non, pour aller au 10ème il faut prendre l’escalier central! On peut pas monter au dixième par les escaliers de secours!”. Je lui dis que je suis nouveau ici et que je cherche à connaître la cité pour réaliser un projet et il me demande: “tu connais F.?” Je lui répond que l’on m’en a déjà parlé. Il me dit comme les autres que c’est quelqu’un comme moi, un artiste et qu’il faisait des peintures. Il me demande: “c’est un projet de quoi?” Je lui répond que je travaille avec une artiste qui veut faire un projet ici sur les habitants de la cité Lénine et que pour le moment je cherche des informations à lui transmettre. Je me présente et il me répond “S.!” et ensuite il repart de son côté en avalant sa tartine. Je me dirige vers les escaliers de la cité.
Je commence par les escaliers du côté rouge. J’y découvre une immense galerie de graffitis comme espace d’expression de colère après la mort d’un pote, de noms signés s’appropriant les lieux, d’ennui,de frustration et d’amour aussi (big tête on t’aime).
Au dernière étage je tombe sur un matelas éventré. C’est très sombre et je me demande qui a déjà dormi là . Un squateur? Des gamins? Quelqu’un?
Je ne croise pas grand monde dans les étages sauf deux femmes qui discutent à leur porte en arabe, des plantes oubliés devant la porte dans les couloirs dans des pots contenant de la terre sèche, un paillasson imprimé “Bonjour”, un ou deux vieux postes de télé abandonnés.
Je traverse le 4ème étage jaune jusqu’au couloir bleu pour retomber sur son escalier, j’entends un petit enfant qui pleure derrière une des quatres portes bleues numérotées. L’ambiance est pesante. Je repense à la porte d’ascenseur restée ouverte sur le vide. Je repense aux histoires violentes que l’on raconte sans savoir si elles sont vraies. Je sens le malaise de ma propre solitude de mon propre vide, de mon propre dysfonctionnement et là tout seul, à l’intérieur quelque chose me fait peur. Je décide de rentrer et de remettre à plus tard la visite de l’escalier vert.
Je recois un coup de fil de C., on devait se voir dans l’après midi, mais elle préfère remettre notre rendez à plus tard.
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