“Votre blog témoin ne devrait pas ignorer, effacer toutes celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont réussi à faire leur chemin et même dans la difficulté à se construire un avenir.

« République », il n’y a pas d’un côté des jeunes délinquants ou en voie de le devenir passant leur temps à commettre des délits ou à troubler la tranquillité de notre immeuble et de l’autre côté R I E N…

La jeunesse de notre bâtiment ce n’est pas que le « business et le trafic », nos logements ne sont pas que des appartements de misère où les parents et les enfants se morfondent sans rien à manger dans le frigo. Le quotidien de nos jeunes, ce n’est pas de tuer le temps, de jour comme de nuit, au 10ème étage. Tous nos enfants ne sont pas « obligés » de dealer du shit, de trafiquer, de vandaliser et de voler. Cela ne concerne qu’une infime, très infime minorité. Oui il existe, et bien trop, de jeunes qui galèrent, mais tous ne dégradent pas leur couloir et n’empoisonnent pas en permanence la vie de leurs voisins.

Dans vos témoignages, ne gommez pas ceux qui ne disent rien et pourtant ont souvent beaucoup plus à dire que ceux qui parlent beaucoup trop. Ne faites pas le choix exclusif de l’échec. Il serait méprisant pour les locataires, pour les jeunes eux-mêmes de ne mettre en « valeur » que la marginalité de quelques désoeuvrés. Ce serait même un encouragement, une justification à perpétuer à travers le désespoir tous les actes de dégradations et autres violences en général.

A « République », le vivre ensemble existe, même s’il est provisoirement contrarié par l’état général du bâtiment et par l’ambiance que fait régner cette poignée de troublions désoeuvrés qui pourrissent la vie de la majorité des habitants.

Votre œuvre, si œuvre il y a, fera caisse de résonance sur cette cité. Mais ce n’est pas sans condition, car une œuvre doit laisser des traces, des souvenirs, de l’avenir. Or, on ne projette jamais l’avenir dans la désespérance.

Si vous ne voyez dans votre travail qu’un territoire ignoré, abandonné, mal aimé, ingrat, vous traduirez une image totalement floue de l’avenir proche. Vous conforterez le désespoir et la conclusion de votre travail ressemblera tout simplement à un mauvais article de presse, comme on en lit malheureusement régulièrement sur les banlieues, qui sont pourtant, et plus que jamais, un creuset d’avenir encore insuffisamment visible.

Comme disait Jules Verne,

« tout ce qui s’est fait de grand dans le monde s’est fait à partir d’espérances exagérées »

…”