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Vendredi 26 mai 2006
Le ciel est gris aujourd’hui comme l’air de la lune! Je me demande si les enfant ont école aujourd’hui ou s’ils font le pont. Et ils me disent “Si! Y a école et ils vont remplacer ce jeudi par samedi!”. Je vais voir au terrain de foot et il n’y a personne, sauf un sweet shirt noir avec des bandes blanches oublié là dans des pétales de fleurs mauves. Les ouvriers du chantier font le pont. Je rencontre Zohra qui va à la laverie du quartier pour laver deux Hoffs. Le lavage dure 45min. On en profite pour retourner en bas de la cité. C. revient des courses et je demande à Zohra de me la présenter.

Elle habite ici depuis six ans. Elle a connu beaucoup de quartier sur Aubervilliers mais elle regrette d’avoir atterri là . Elle parle le soninké*, me dit elle, et “Ici les locataires, on est bien , mais ici, c’est un labyrinthe. On m’a dit aussi qu’ils voulaient péter la cité! Ici y a rien! Nos enfants se tapent dessus… y a toujours des problèmes entre les noirs et les arabes. C’est des familles minimum de huit enfants mais on s’entend pas entre nous. Je regretterai d’habiter ici toute ma vie. Mon appart est propre! Tout est à moi: murs, plafonds, sol, etc… Le jour où je pars, j’arrache tout. Le plafond c’est effondré chez moi. A cause d’une fuite, tout est tombé! Je me suis battu avec le gardien pour me refaire toute l’électricité. Donc c’est soit ça ou on ne paye plus le loyer! Moi j’achète des frigos qui coûtent chers pour que ça dure longtemps! Avec une prise on doit tout alimenter! Y a six prises dans le salon! Y’en a une qui marche! Sur la multiprise il faut brancher vidéo, télé, répondeur, Noos, TPS, DVD…! Le jour où ça prend feu! Tout pète! Je te montre la cassette vidéo! J’ai filmé avant les travaux. J’ai investi chez moi! J’ai six enfants! Il faut être hygiène! Prends le sceau d’eau, la raclette! Elle montre une bouteille de savon et dit: “Ça me fait une semaine! Ici c’est dégueulasse! Je suis rentrée dans un appart pas refait et pour me faire chier ils n’ont pas fait les travaux! Je veux qu’on me change de cité. Sinon on va voir ce que je vais faire! On n’est pas des animaux! J’ai quatre garçons dans une chambre, deux filles dans une autre et lorsqu’ils vont grandir, ils ne pourront pas dormir dans la même chambre. les couloirs sont sales, je vais leur apprendre à faire le ménage comme au bled. Quand je dis aux autres de ramasser leur bouteille de sirop car ta mère peut un jour en avoir besoin! Mais ils n’écoutent pas donc la prière que tu fais elle ressort par derrière. On a une expression qui dit: “Quand tu manges, Tu t’assois pourquoi? Pour pas que ça sorte par derrière!” …Pour les charges que je ne paye pas, je suis passée au tribunal. Je leur ai dit que je vis dans l’enfer avec mon logement. Madame le juge! Venez voir comment on vit! On est les chiens d’Auber…! Ils m’ont donné raison! Moi j’ai squaté des logements à Auber! J’ai pas honte. Si les gens bougent pas, ça va devenir comme les 3000 à la Courneuve**! Tu passais dehors on t’arrachait ton sac! Mon porte monnaie c’est mon soutif!***”

C. remonte dans l’immeuble en disant q’elle nous montrera la cassette. Zohra se rappelle qu’une année à Aubervilliers, des jeunes pour 4000-5000 francs ouvraient des squates. L’OPHLM avait halluciné! Ils avaient ouvert soixante logements en un week-end. La politique d’Aubervilliers a acceuilli plein de gens. Donc il y a eu beaucoup de squates dans cette ville.

*Le soninké (également appelé sarakolé) est une langue de la famille nigéro-congolaise et du sous-groupe mandé, parlée par environ un million de personnes qui appartiennent à la communauté soninké. Sa zone d’expansion comprend les deux-tiers du Mali, le sud de la Mauritanie, une grande partie du Sénégal, le nord-ouest du Burkina Faso, une partie de la Gambie et de la Guinée-Bissau. Du fait de la tradition d’émigration pratiquée par les Soninkés, on retrouve aussi d’importantes communautés soninkés hors de l’Afrique de l’Ouest, notamment dans la région parisienne.
Le soninké possède une littérature parlée, mais peut également s’écrire en utilisant l’alphabet latin, augmenté de quelques lettres supplémentaires. Au Mali, l’orthographe latine est officielle depuis 1982.

**Un jeune à Aulnay-sous-Bois : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne”
LE MONDE | 03.11.05 | 13h05 • Mis à jour le 03.11.05 | 13h25
Les flammes s’aperçoivent à plusieurs centaines de mètres. Il est 23 h 30, ce mercredi 2 novembre, et un incendie violent embrase les locaux d’un concessionnaire automobile qui abritait plusieurs voitures neuves à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), au rond-point de l’Europe. Une centaine de pompiers s’activent à combattre le feu, sous la protection de deux compagnies de CRS. La tension reste vive, plusieurs dizaines de jeunes prennent à partie une équipe de France Télévision. La voiture de reportage est incendiée, après avoir été utilisée comme bélier contre une agence bancaire.
A l’arrivée de la police, les groupes se replient en désordre. Ne restent que quelques badauds qui assistent, silencieux, à l’intervention des pompiers. Quelques minutes plus tôt, la caserne d’Aulnay-sous-Bois, protégée par les CRS, a elle-même été visée par des jets de cailloux et de briques.
Selon plusieurs témoins, une quarantaine de jeunes, dont certains de très jeune âge, ont attaqué la concession automobile avec des cocktails Molotov, à l’origine du départ de feu. Sur place, Christian Lambert, le directeur central des CRS, demande à ce que l’on procède à des interpellations. “Ils vont très vite et sont très mobiles, ils cassent systématiquement tout et il est presque impossible de les arrêter tout de suite” , déplore un officier de la CRS 7. En Seine-Saint-Denis, 15 personnes seront interpellées dans la nuit, portant le total des arrestations à 89 en trois jours.
Des incidents sont signalés dans les Hauts-de-Seine ; des dizaines de voitures brûlées, un jet de cocktail Molotov sur le commissariat d’Antony. Six véhicules sont détruits par le feu dans le Val-d’Oise. Mais c’est en Seine-Saint-Denis que sont concentrés les faits les plus graves. A La Courneuve, “les policiers ont été visés par deux tirs à balles réelles”, indique le responsable opérationnel des CRS de la préfecture de police. A Aulnay, encore, un poste de police a été forcé et saccagé. Situé près de la cité sensible des 3000, il est fermé la nuit. Des jets de cailloux, et des affrontements sporadiques à Sevran, Bobigny, Bondy, Livry-Gargan, l’incendie d’un gymnase au Blanc-Mesnil ont été signalés. Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où la tension avait été la plus forte les nuits précédentes, comptent parmi les villes les plus calmes.

“ON SENTAIT MONTER ÇÀ”

A Aulnay, quelques jeunes des 3000 viennent dire aux journalistes qu’ils ne s’arrêteront pas, une semaine après le début des affrontements avec la police, provoqués par la mort inexpliquée de deux jeunes gens, jeudi 27 octobre, dans un transformateur de Clichy-sous-Bois. “Cela va peut-être leur faire comprendre aux gens du gouvernement”, dit l’un d’eux, tandis qu’un autre avertit : “Ce n’est qu’un début, on va continuer jusqu’à ce que Sarkozy démissionne.”
Il est un peu plus de minuit et demi quand Nicolas Sarkozy arrive à la direction départementale de la sécurité publique à Bobigny, en provenance de l’Assemblée nationale où les députés discutaient le budget du ministère de l’intérieur. Se refusant à toute déclaration, M. Sarkozy évoque “une réunion de travail” avec le préfet, Jean-François Cordet, M. Lambert, et les responsables policiers du département. “Nous avons à faire à des bandes organisées” , a indiqué à la sortie le responsable de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis, Jacques Méric, suggérant pour la première fois une forme de concertation, et le choix préalable de cibles. Sur le terrain, un officier de CRS se montrait plus prudent : “Ils sont certainement organisés, mais on ne peut pas encore parler d’une sorte de coordination des actions.”
Le ministre fait état des notes et des statistiques des Renseignements généraux. “On sentait monter ça depuis plusieurs mois, explique M. Sarkozy. Le nombre d’incidents enregistrés à Noël 2004 et au 14-Juillet avait été alarmant.”
Comment faire face aux violences persistantes ? Le plan de lutte contre les violences urbaines, mobilisant 17 compagnies de CRS dans 17 départements sensibles est entré en vigueur, jeudi 2 novembre. A Aulnay, plusieurs officiers de CRS mobilisés dans le cadre de cette nouvelle mission critiquaient l’absence de soutien des forces de sécurité publique sur le terrain, en clair des gardiens de la paix des commissariats. Alors qu’ils intervenaient pour assister les pompiers pendant l’incendie chez le concessionnaire d’Aulnay, les CRS ont été contraints d’assurer la circulation automobile.
Au cours d’une conférence de presse improvisée, Marc Gautron, secrétaire national de l’UNSA-police, syndicat majoritaire, réclamait que “la police de proximité soit rétablie dans les cités”. “Malgré les discours d’apaisement du gouvernement, a-t-il ajouté, on constate une escalade de la violence. Il faut rétablir les polices de proximité de façon à faire de nouveau de la prévention.”
Vers 2 heures du matin, le calme était revenu dans l’ensemble du département. Un seul blessé grave était à signaler du côté des CRS, touché à la main par l’explosion d’un cocktail Molotov.
Pascal Ceaux

*** soutif = soutien-gorge.