Thu 1 Jun 2006
Aujourd’hui pendant le ramadan, il y a une bonne ambiance. Mais la meilleur époque c’est ma jeunesse, on vivait sans argent, on était solidaire.
Posted by Karim under Le journal de KarimMercredi 31 mai 2006

Ce matin, il fait très froid. Un petit garçon remonte chez lui. Il a oublié de prendre son manteau. Sa mère l’attend dans le hall pour aller à l’école, il est 8h. Une voisine sort ses deux chiens, elle crie “Niki!”, sonnant la première heure de pointe.
Les enfants vont à l’école, les adultes vont au travail. Il ne faut pas oublier de sortir le chien. Ce défilé durera au moins une bonne demi-heure sans compter les retardataires! Je décide d’inviter XXXXX à boire un café. Il m’emmène dans un bar à coté, mais il ne font pas de chocolat chaud, alors lui prendra un jus d’orange et moi un jus de banane. Il y a un billard, un jeu de fléchette électronique qui fait une drôle de musique par moment. Le bar est éclairé par des néons bleus et sur une pancarte en bois il est écrit: “Dieu protège cette maison”. XXXXX a vécu longtemps à la cité Lénine, au 10ème et il vient de temps en temps dormir chez son pote T. avec qui il a grandi. “Quand j’étais petit, y avait plus d’encadrement par les moniteurs. Notre génération, quand on était petit, on aimait que le sport. Y avait des jeux de bois, on jouait sur le béton. Ensuite il y a eu des projets pour les jeunes, centres de loisir, aide scolaire, nous on était passionné de foot, on se levait à 7h du matin pour jouer, on finissait tard le soir. On était solidaire. Aujourd’hui dans le cité, y a rien. Les gens commencent à trainer comme les grands. C. L. faisait du bénévolat pour nous, il nous entraînait pour le foot, peinture sur soi, activités. On faisait tout. Y avait un organisme Etétonus. Puis y a eu un problème. Ils n’ont plus voulu de ce lieu! Le maire, je pense! J’ai fait aide éducateur, toutes les tranches d’âge! On s’est battu pour que ça continue, mais on n’était plus entendu! On sait pas pourquoi. Moi je pense que c’est la jalousie de certains. C.L. a déménagé pas longtemps après. Y avait des gens des autres quartier qui venait avec nous pour participer” Il boit une gorgée et puis “Toutes ces familles vivent dans la misère! Y a pas d’encadrement pour les remettre dans le droit chemin. Tous les jeunes font n’importe quoi maintenant. Mais les structures ne croient plus en eux. Il les jugent. Moi je suis parti dans la délinquance après. Y a des familles qui rentrent chez eux, elles ne mangent pas. Ils vivent au jour le jour, Ils n’ont rien connu, ils n’ont jamais voyagé. Personne ne croient en eux. Tu ouvre un truc, ça marche à mort! Ici c’est la cité du dernier recour. Mon voisin il a quinze petits. Notre jeunesse on l’a bien passé. Le 10ème est devenu invivable. C’est un lieu de rendez-vous! Ils traînent jusqu’à 6h du matin. Personne ne les a aidés donc ils pensent que tous ceux qui viennent leur parler leurs veulent du mal. Ils croient plus en rien! Maintenant il t’arrive que des galères. Moi j’y crois! Que tu peux faire un grand truc! A force de galèrer, ils dégradent leur hall. Ils gachent leur vie. Ils n’ont pas passé une bonne jeunesse. Si y en a un qui tourne mal tout le reste le suit! Si y en a un qui part en activité, tout le monde le suit! Tout le monde veut déménager car ils leurs arrivent trop de galères dans ces cités, mais c’est pas que dans ces cités.
Aujourd’hui pendant le ramadan, il y a une bonne ambiance. Mais la meilleur époque c’est ma jeunesse, on vivait sans argent, on était solidaire. Ça rigolait grave! On y croyait, on se battait, à la fin plus personne ne croyait en nous. Les jeunes, ils attendent que ça de bouger. Y a des jeunes, doués pour le foot. On rigolait, on faisait des tournois, des petits paris! Dès que les gens ont commencé à se débrouiller par eux -mêmes ça s’est dessoudé. Y a des gens qui ont fait de bons trucs pour nous: Bobeker, Kuider. Maintenant les gens commencent à partir à cause de l’hygiène, les ascenseurs. Les petits détruisent tout comme des gamins pour rigoler mais ils s’emmerdent, ils ont rien à faire! Ils ont jamais voulu faire de réunion parce que pour eux y a rien à faire. Ils veulent vivre entre eux. Y en a plein qui ont tenté de faire quelque chose mais ça n’a pas abouti. Les fachos de l’immeuble font des trucs de fou. Une fois, j’ai failli recevoir une bouteille de vin lancée de l’immeuble. Et on remet tout sur les jeunes. Ca fait dix ans qu’il y a rien. Quand j’vois les petits grandir! C’est hallucinant! Ils nous ont jamais donné de locaux. Ils nous voyait jeunes. Ils croyaient que l’on continuerait nos conneries. Mais il faut donner une chance d’avoir de l’experience! Y en a qui veulent faire des trucs mais quand ils voient les portes se refermer… Ils n’y croient plus!”
Il prend dans ces mains un bouquet de fleurs en plastique qui s’allume si on remplace ces vieilles piles…
“T., il aurait pu être un grand comédien, il a joué avec Sami Naceri. A cette époque, il faisait des films. Il croyait même pas en lui. Il se disait que c’était juste pour des petits rôles et il se sentait exploité. Il se sentait pas non plus bien dans cet environnement. Il regrette aussi, ça le rend malheureux…” Il croise ses bras puis: “Même les mecs, ils se détruisent entre eux. T. dit tant que je serais ici, je pourrais pas avancer. Pour l’argent ici, tu peux te faire enculer. Quand je suis parti d’ici tout allait mieux. Ici ils dorment mal. Ils s’endorment avec leurs problèmes et ils se réveillent avec leurs problèmes. Y a pas à manger dans le frigo. Y a pas de repas de famille… Ils ont envie de bouger! Y a différents groupes de jeunes, ceux qui vont à l’école et ceux qui traînent. Ils vivent dans une bulle, Ils voient que ceux qui galèrent, argent facile, ils ne parlent jamais d’école. On a pas fait assez de sensibilisation. Y a des grands qui engrainent les petits. Ils les exploitent pour vendre du chite. A quinze ans ils veulent rouler en BM! Y en a qui comprennent pas pourquoi les gens de Paris sont riches, pourquoi on parle que des riches, pourquoi on aide plus les riches alors qu’il y a plus de pauvres!”
Il bascule en arrière il reprend “Ce qui est bien ici. C’est que tout le monde est là ! Faire confiance aux grands, ça donne des responsabilités! chacun a une spécificité. Avec tout le monde qu’il y a, au moins cinq cents petits, tu peux faire un truc! C’est dommage que l’aide scolaire est fini! Maintenant les petits suivent les grands et comme les grands sont perdus aussi. Maintenant quelqu’un qui va à l’école, c’est bizarre. Tout le monde est intelligent. Tout le monde peut réussir mais si personne croit en toi! Maintenant les petits, ils aident leurs parents à payer le loyer, les charges. A la fin du mois, y a plus rien! Les petits, ils grandissent pas; Leur seul repère, c’est les grands de la cité, de ving-trois, vingt-quatre ans. A la base à Lénine, t’entendra jamais parler de bagarre. Les jeunes ils savent pas pourquoi ils font du mal, pour eux c’est bien, c’est un exploit! En ce moment, les gens à Lénine, ils s’attachent à la religion. Ils font leur conneries mais ils prient Dieu! Des fois ça parle jusqu’à 5h du matin. les discussions sont interessantes. Y en a qui viennent de se convertir comme T.. On croit que l’argent ça rend heureux mais une fois qu’il y a l’argent, on s’en fout! La religion a sorti certains de leurs galères, fumer, boire, faire des conneries. La religion aide à se cultiver, à voir les vraies choses et à se remettre dans le droit chemin. En ce moment, y a le phénomène de la religion, c’est hallucinant! Avec le temps tu te dis, quand est ce que je vais évoluer et t’as peur! Y a des grands de 30 ans qui trainent encore avec des petits en même temps ils les exploitent. Qu’est ce que leur réserve l’avenir?”
Deux ambulanciers entrent et s’installent au bar. Il ouvre grand ses yeux. “T’aurais vu le locale qu’on avait repeint, redécoré avec des tableaux qu’on avait fait nous mêmes. On avait fait des grandes étagères. Avec pleins de coupes gagnées…T’aurais halluciné. C’était beau! Tout le temps on reparle de ça! Des fois on mangeait tous ensemble.”
On décide de retourner à la cité pour rencontrer des jeunes de dix-treize ans. XXXXX leur demande à tous de parler de la cité. Ils répondront tous ensemble que maintenant il n’y a plus rien ici et qu’il faudrait un centre pour les jeunes avec un budget et que les grands s’occupent d’eux. Car toute les cités ont une OMJA. Il y en a un qui dit “Y a rien à dire sur la cité Lénine!” Un autre me demande “Quand est ce qu’ils vont refaire la cité? “ Puis l’autre se reprend et dit “Si! Les tournois de foot c’est exceptionnel” un autre ajoute “Y a des bonnes cachettes dans la cité, dans les étages, la dalle, derrière les voitures!” Un autre arrive attiré par ce petit rassemblement et dit: “Venez on fait un petit pont massacreur!” Un autre dit “ Ça serait bien un locale avec une Playstation!” XXXXX me propose de monter au 10ème pour voir une ancienne voisine. Elle nous acceuille chez elle avec un chien et deux chats très calins. Elle est une des premières habitantes. Elle allume une cigarette et raconte. “ Vis à vis des gens de ma génération, elle n’a pas été baptisé cité Lénine, ni cité République. Je suis arrivée ici à l’âge de dix ans en 46. A cette époque, y avait le respect. C’était des familles nombreuses et quand on faisait une bêtise, t’était balancé par les darons et les daronnes. Les jeunes n’avaient pas le droit de prendre l’ascenseur sans être accompagnés d’un adulte. donc les parents sévères disait monte à pieds! Les quatres places autour étaient vides. C’étaient de la terre, y’avait une pente et la dalle était vide, on pouvais voir en dessus et en dessous et de l’autre côté. C’est là qu’on jouait! Ensuite ils ont fait des magasins. Le premiers magasins aile jaune: un marchand de papier peint, un pressing, une autoécole puis aile bleu un magasin de meuble qui s’appelait Benegent. Il y a eu un cour des halles (fruits et légumes). Les premiers gardiens, Mr et Mme Billet qui avaient un chien qui s’appelait Pacha. Quand je suis arrivée ici, j’ai commencé à vivre. On embêtait le chien qui nous coursait. Les gardiens habitaient au 3ème première appart à gauche. Tous les propriétaires des magasins habitaient dans l’immeuble. Y avait des organisateurs de jeux sur l’avenue République avec des petits stands. Ils faisaient des tracés. On sortait nos patins à roulette et non pas des rollers! Quand je suis arrivée, y avait des apparts sans fenêtre, sans porte.Les apparts n’étaient pas finis. On s’éclatait dans les dalles. C’était grandiose nous les jeunes on avaient accès partout! Coté rue andré Carman, tu enlève tout, c’était deux grands champs, immense qu’on traversait pour aller à l’école. On se retrouvait dans des vieux boxes cassés pour aller faire nos conneries. On a fait notre jeunesse! Les garçons protègeaient la cité. Mon mec pouvait même pas rentrer dans la cité pendant deux ans. Sinon on le tabassait. C’était notre cité, les filles de notre cité! Y avait de la racaille mais c’était respectueux. Quand on faisait des bêtises, on faisait le canard. Cette manière était pas mauvaise. Tout se savait. On rentrait c’était d’abord la raclée puis l’explication. En 76, ils ont fermé la dalle. Les ascenseurs ne s’y arrêtaient plus. Il y avait une canicule. Il l’ont fermé pour plus que les gens y jouent. Les ascenseurs étaient rarement en panne. Et le gardien réparait rapidement. On était sorti de l’ascenseur en dix minutes. Y avait un gardien jour et nuit. Ca n’empêchait pas l’alcool, les bagarres et les descentes de flics…” Elle rit puis “La cité a été repeinte une fois! Quand je l’ai connue elle était orange et blanche. Les apparts étaient neufs. Y avaient des tringles à rideau de toute la longueur de la salle à manger. Je sais pas comment ils ont fait. Les vieilles tringles avec des crochets! 2006 les toilettes sont d’origine, les baignoirs, l’électricité d’origine, rampes d’escalier, la porte, derrière mon canapé une prise à vif, deux files électriques dépassent. Y avait des ventes de croissant le dimanche matin à domicile. Tout le monde se connaissait. Voisin de dessus, de dessous, du 2ème…J’habitais au 6ème, aile bleu. Ils ont voulu l’appeler cité République parce qu’ils ont fait des choses côté avenue République un aspect propre, arbres, haies… le reste c’est de la merde. Le nom Lénine, et cette beauté ne devaient pas être assimilé à cet aspect correct. Le reste tout est mort. Ils ont maquillé l’entrée pour ne pas montrer le merde. L’avenue République est belle quand même.Y avait l’architecte qui vivait au 17ème étage. C’est son fils qui l’a récupéré.” Elle écrase une autre cigarette. “Quand j’étais petite on avait confiance dans l’entourage. On s’avait qu’on ne risquait rien dans la cité. Pour mes enfants! L’angoisse! Tout ça à cause de l’aggressivité… Quand j’emmenais mes enfants en primaire! Ça allait mais en grandissant! Non! C’est les générations qui ont changé! Ils ont donné des apparts à des gens sans revenu, RMIstes, familles bigames et très pauvres et ça a aggravé la situation! Nous, on est dans une prison. Il cherche à notre époque quelqu’un, les jeunes, les gardiens, un coupable pour justifier l’état de la cité mais le coupable c’est l’OPHLM. Il a fait des erreurs qu’il ne pourront pas rectifier. La cité est entièrement assuré, mais où vont les remboursements?. On paye des charges, des impôts pour une merde pareil, et on cherche toujours un coupable. Ça a dégénéré! Les gens balancent n’importe quoi sur n’importe qui. En denonçant, ils veulent foutre la merde entre les locataires! On dirait que les gens de maintenant n’ont pas été jeunes. Pas de jeunesse, pas d’enfants… ils balancent sur la famille des blonds. Avant y avait moins d’immigrés, moins de familles de noirs avec plusieurs femmes et une vingtaine d’enfants. Je vais vous laisser, je suis fatigué, ma nuit a été courte!”
Il est quatre heures et je me rapelle que les filles de Z. voulaient être interviewées. Je les rapelle pour organiser la rencontre. S., N. et trois copines de leur école P., M. et I. se prêtent au jeu de mon enquête sur la cité Lénine. Elles racontent ce qui les a marquées, comme “Une femme brûlée au visage et au bras, au 3ème degré!”. Elles voudraient plus de couleurs pour la cité par exemple bleu, beige, rouge et “un tobogan aussi grand que possible qui parte de tout en haut, du toit et qui glisserait jusqu’à une piscine!”

June 21st, 2006 at 10:46 am
L’invitation vous a été lancée de réaliser une œuvre dans l’espace public d’Aubervilliers. Le choix du lieu de vie de la cité « République » est un bon choix qui n’autorise pas un regard unique à partir de rencontres/dialogues de couloirs traduisant trop souvent une forme d’exclusivité de jugement sur ce lieu de vies plurielles.
La Cité « République », espace public/privé, n’est pas seulement ce que votre/notre nouveau et éphémère voisin traduit dans son blog.
Sa mission : « écouter » le bâtiment pour en faire une description quotidienne. Vous dites que cela devrait prendre plusieurs formes pour en rendre compte, pour rendre aux locataires leurs témoignages de vie, à commencer par ce début de blog.
En y cheminant derrière mon écran, je crains que ce début de voyage de l’intérieur, s’il devait se poursuivre de cette manière, ne nous donne qu’une vision très partielle de la « pensée » de cet immeuble que beaucoup risque de lire comme une réelle ambiance générale partagée collectivement, comme l’absolue vérité, comme le vécu accepté, revendiqué même, par chacune et chacun.
Méfions nous de celles et de ceux qui ne savent pas bien écouter les silences…., ils vont souvent, presque toujours au plus court, au plus direct, à l’événementiel, au spectaculaire, finalement au plus facile. Connaître la vie d’une cité, d’un immeuble, d’un escalier, d’un couloir, c’est vivre la vie des gens presque à la limite de leur intimité. C’est la connaissance, c’est le lien crée, la solidarité, voir l’amitié et tout cela demande bien plus que quelques semaines de bon voisinage.
Respirer une cité, un quartier, une ville seulement en quelques jours et nuits, c’est à coup sur prendre le risque de manquer de souffle au moment du rendu des faits.
« République », ce n’est pas seulement cette minorité de témoignages recueillis et retraduit dans des phrases courtes qui se voudraient témoignages de vérités fortes au motif qu’elles sont entendues dans l’instant. S’il faut toujours vivre l’instant présent, il faut aussi se méfier de l’absence de recul. L’instantané d’un témoignage bref se révèle souvent une vérité très précaire.
Ouï, à « République » comme le dit l’Association « Bonjour Voisins », « il faut aussi réhabiliter la tranquillité ». Les halls souillés, les ascenseurs vandalisés, les boites aux lettres saccagées, les vitres brisées, les graffitis, les sacs à ordures laissés à l’abandon, les violences verbales, les regroupements de jeunes et de très très jeunes qui créent des troubles de jouissance, tout cela existe bien et constitue une partie du vécu de notre immeuble. Oui, cette situation conduit collectivement à un sentiment d’abandon, d’exaspération, de colère et aucune rénovation ou réhabilitation ne pourra tenir dans un espace trop fortement touché par la délinquance et l’incivilité telle que nous la vivons aujourd’hui.
Mai « République » ce n’est pas que cela. C’est aussi des locataires qui veulent vivre dans la convivialité retrouvée. C’est aussi des jeunes qui ne ressemblent pas à Sébastien (Guez) justifiant la délinquance et le vandalisme à partir des difficultés sociales rencontrées et souvent durables.
Habitant cet immeuble depuis de longue date, je veux dire que la jeunesse, même celle de « République », ce n’est pas seulement ou exclusivement celle qui occupe le 10ème étage.
Oui, la désespérance existe chez les jeunes. Il n’est pas condamnable d’en parler, ni de faire parler ceux qui la vive. Par contre, passer à coté des réussites comme si elles étaient inexistantes et n’avaient pas droit de cité parce que sans intérêt, est coupable. Non, la cité « République » comme la banlieue n’est pas que le lieu où s’échouent certaines trajectoires et d’où ne décollent jamais d’autres.
Votre blog témoin ne devrait pas ignorer, effacer toutes celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui ont réussi à faire leur chemin et même dans la difficulté à se construire un avenir.
« République », il n’y a pas d’un côté des jeunes délinquants ou en voie de le devenir passant leur temps à commettre des délits ou à troubler la tranquillité de notre immeuble et de l’autre côté R I E N…
La jeunesse de notre bâtiment ce n’est pas que le « business et le trafic », nos logements ne sont pas que des appartements de misère où les parents et les enfants se morfondent sans rien à manger dans le frigo. Le quotidien de nos jeunes, ce n’est pas de tuer le temps, de jour comme de nuit, au 10ème étage. Tous nos enfants ne sont pas « obligés » de dealer du shit, de trafiquer, de vandaliser et de voler. Cela ne concerne qu’une infime, très infime minorité. Oui il existe, et bien trop, de jeunes qui galèrent, mais tous ne dégradent pas leur couloir et n’empoisonnent pas en permanence la vie de leurs voisins.
Dans vos témoignages, ne gommez pas ceux qui ne disent rien et pourtant ont souvent beaucoup plus à dire que ceux qui parlent beaucoup trop. Ne faites pas le choix exclusif de l’échec. Il serait méprisant pour les locataires, pour les jeunes eux-mêmes de ne mettre en « valeur » que la marginalité de quelques désoeuvrés. Ce serait même un encouragement, une justification à perpétuer à travers le désespoir tous les actes de dégradations et autres violences en général.
A « République », le vivre ensemble existe, même s’il est provisoirement contrarié par l’état général du bâtiment et par l’ambiance que fait régner cette poignée de troublions désoeuvrés qui pourrissent la vie de la majorité des habitants.
Votre œuvre, si œuvre il y a, fera caisse de résonance sur cette cité. Mais ce n’est pas sans condition, car une œuvre doit laisser des traces, des souvenirs, de l’avenir. Or, on ne projette jamais l’avenir dans la désespérance.
Si vous ne voyez dans votre travail qu’un territoire ignoré, abandonné, mal aimé, ingrat, vous traduirez une image totalement floue de l’avenir proche. Vous conforterez le désespoir et la conclusion de votre travail ressemblera tout simplement à un mauvais article de presse, comme on en lit malheureusement régulièrement sur les banlieues, qui sont pourtant, et plus que jamais, un creuset d’avenir encore insuffisamment visible.
Comme disait Jules Verne,
« tout ce qui s’est fait de grand dans le monde s’est fait à partir d’espérances exagérées »
July 3rd, 2006 at 8:51 pm
I know all that. I know how partial a view this blog, this book, these letters give about la cité Lénine. But I had no other way to understand; and the fact that you are writing down here your other view about the cité, that you are completing my very partial view, it is a sign that my estrategy was not so wrong; here I am knowing more about la cité that I ever dreamed of. Thanks.
ps.